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James Blake revient à lui-même avec Trying Times

Sorti le 13 mars 2026, Trying Times marque le retour de James Blake avec un premier album publié sous son propre label, Good Boy Records, après sa rupture avec Republic Records. Le disque arrive à un moment charnière : celui d’un artiste qui a tourné le dos aux grands circuits, quitté Los Angeles, et repris la main sur son travail. La matière sonore, elle, reste reconnaissable dès les premières secondes : basse profonde, voix en suspens, piano en retrait, puis une lumière plus douce qui filtre par endroits.

Un disque d’affranchissement, pas de reconquête

James Blake n’arrive pas juste avec un veau disque dans sa collection. Le cadre est clair : septième album studio, premier entièrement indépendant. Ce détail irrigue tout le reste. Le ton des chansons, la façon de les lancer, jusqu’à la manière dont Blake en parle : tout ramène à cette sortie de l’industrie musicale des maisons de disques. Moins un grand virage qu’un desserrement de l’étau.

Le titre dit déjà l’ambiance. Trying Times regarde des temps agités sans prétendre les survoler. Les premières retours convergent sur un point : le disque conserve la mélancolie habituelle de Blake, mais la frotte à des textures plus mobiles, tantôt plus chaudes, tantôt plus heurtées. Walk Out Music ouvre le bal. Death of Love installe une gravité lente, magnifique. Plus loin, Rest of Your Life et Days Go By reviennent souvent dans les commentaires, comme si l’album se révélait surtout lorsqu’il cesse de vouloir prouver quelque chose. Blake, fidèle à lui-même, reste plus fort quand il serre la voix que quand il hausse le concept.

La signature Blake, avec quelques aspérités nouvelles

Musicalement, on retrouve ce que James Blake maîtrise depuis longtemps : une voix qui flotte au-dessus du vide, des basses qui avancent à pas mesurés, des nappes qui froissent l’air sans jamais saturer l’espace. Mais le disque ne se contente pas de recycler sa propre formule. Il à ajouter des incursions du côté du doo-wop et de la soul, un sample de Leonard Cohen, un autre de Dusty Springfield, et même une relecture d’éléments liés à Dizzee Rascal. Le décor est familier, mais quelque chose bouge dans les coins. Pas de révolution, plutôt des gestes de montage plus francs, plus assumés.

Le plus intéressant se loge peut-être là. Blake parle du mantra, de la répétition, de cette façon de laisser une phrase tourner jusqu’à ce que le sens lâche et que le corps prenne le relais. Dans le Los Angeles Times, il explique que cette forme lui permet d’éteindre le mental pour laisser passer les sensations… de faire entendre non pas une idée, mais un état. C’est une vieille affaire chez lui, sauf qu’ici elle sonne moins comme un refuge que comme une méthode de survie. Le disque cherche l’émotion sans l’emballer. Il laisse la buée sur la vitre.

Trying Times avance avec peu d’invités. Monica Martin apparaît sur Didn’t Come To Argue, Dave est crédité sur Doesn’t Just Happen, et Death of Love a été lancé avec le London Welsh Male Voice Choir. Ce n’est pas un album de casting : les présences extérieures viennent simplement déplacer la température d’un morceau, sans jamais chercher à en voler la lumière.

Ce que le disque tient, et ce qu’il force un peu

Dans le Los Angeles Times, James Blake parle de dettes, de retour à Londres, de la lassitude d’un système où l’attention allait d’abord aux noms établis et aux intérêts des actionnaires. Il évoque aussi le désir de construire quelque chose de différent pour les artistes. Cette toile de fond donne du poids au disque et l’empêche de n’être qu’une belle humeur grise bien produite. Il y a ici un homme qui sort d’un environnement, qui regarde l’industrie en face, puis qui revient à son outil le plus sûr : quelques accords, une boucle, une voix, et cette façon très personnelle de faire trembler la ligne sans briser le chant.

Reste une ambiguïté… la richesse sonore de l’ensemble tout en trouvant ses passages les plus explicitement politiques ou discursifs moins convaincants. En clair : quand James Blake laisse le son penser à sa place, l’album respire. Quand il force le propos, quelque chose coince. Ce n’est pas un défaut mineur, c’est même le nœud central du disque. Trying Times touche juste lorsqu’il garde les mains dans la matière, dans les nappes, les chœurs, les basses, les mots répétés jusqu’à l’hypnose. Là, oui, quelque chose demeure. Pas une thèse. Une vibration basse, tenace, qui continue longtemps après la fin.


James Blake : Trying Times (James Blake) – Sortie le 13 mars 2026