Dans le cloître gothique du Collège des Bernardins, IM MEN (Issey Miyake) a installé une contradiction calme : faire du “propre” une aventure, réinventer la formalité sans le costume, produire du spectacle avec presque rien. La presse y a vu tantôt une liturgie, tantôt une démonstration de coupe, tantôt une politique du contrôle. C’est peut-être la même chose : une manière d’habiter l’époque en tenant le volume à distance, mais la tension au plus près.
Le choix du Collège des Bernardins, ancien collège cistercien du XIIIe siècle, n’est pas un simple cadre “beau” : c’est une autorité spatiale, une machine à rendre la moindre couture responsable. L’Associated Press insiste sur cette ambiance spirituelle, sur ce calme presque monastique qui infuse les silhouettes, longues, enveloppantes, robe-like sans devenir “costume”. Vogue, plus nerveux, parle d’un aspect quasi “cultish” : non pas le mystère pour le mystère, mais la sensation qu’un vestiaire peut être un système de croyance, une discipline désirée. La mise en scène fait ainsi ce que le vêtement promet : enlever du bruit, laisser la forme parler, et rappeler que, dans la mode masculine, l’autorité s’exerce souvent par la retenue plutôt que par l’emphase.
Le son comme montage
Rien, dans les impressions des personnes présentes, ne s’attarde vraiment sur une bande-son précise ; ce silence critique est déjà un indice. Ce que la presse documente, en revanche, c’est une atmosphère : “serene”, “contemplative”, un contrôle qui devient une déclaration. Si montage il y a, il est dans la cadence même du défilé, structurée par une progression chromatique de l’aube au crépuscule : la collection se raconte comme une journée qui se ferme, avec cette idée que la formalité n’est pas une occasion, mais un état. Dans une semaine où beaucoup de maisons surlignent leurs intentions, IM MEN semble parier sur une émotion plus sourde : l’impression d’un monde qui se tient, parce que le tissu, lui, tient.
Le thème s’écrit de plusieurs façons selon les médias, et cette petite divergence est révélatrice. Reuters rapporte la formule “formless formal” attribuée à Sen Kawahara : déplacer la formalité au-delà du costume, sans perdre l’idée de tenue. D’autres reprennent “Formless Form”, titrage officiel de la collection, qui dit moins le “formel” que la tension entre sensation et construction. Dans les descriptions de Vogue, la stratégie se lit dans les attaches et les épaules : des serrages par clips crocodile, des volumes remaniés au niveau du trench, des drapés qui déconstruisent le tailoring tout en conservant sa gravité. AP insiste sur la capacité des pièces à changer de statut, par pliage, ajustements, panneaux : une versatilité qui n’a rien du gadget, plutôt l’idée qu’un vêtement doit pouvoir négocier la journée, l’humeur, la posture sociale. C’est là que le “propre” devient politique : non pas propreté morale, mais maintien, intention, cette micro-verticalité du corps quand il décide de se “redresser”.
Le futur comme nostalgie polie
On a souvent réduit Issey Miyake à une mythologie de l’innovation textile ; ici, l’innovation se donne comme une douceur, presque une éthique de la transformation discrète. La presse note ces textiles capables de passer du plat au tridimensionnel en marchant, cette architecture souple qui fabrique du volume sans armure. Vogue pointe aussi des matières et détails qui troublent le confort : quilting à panneaux verticaux garni de polyester recyclé, lainages à l’irrégularité “tachée”, manteaux matelassés cosy mais “faintly ominous”. Le futur, chez IM MEN, ne s’annonce pas comme rupture mais comme recalibrage : une formalité reprogrammée pour des vies mobiles, une élégance qui ne dépend plus d’un uniforme unique, mais d’une intelligence de construction. Au Bernardins, IM MEN a proposé une idée presque dérangeante par sa douceur : dans un monde qui s’agite, la domination la plus contemporaine pourrait bien être celle qui ressemble à du calme.




























