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Elephanz au Trabendo : le retour solide d’un duo trop prudent

Au Trabendo, à Paris, le duo français Elephanz jouait le jeudi 2 avril 2026 devant une salle pleine. Le détail compte. Le groupe n’avait plus sorti d’album depuis 2017, et Love. Hurt. Repeat. n’arrivait que quelques heures plus tard. Les nouvelles chansons étaient donc presque inconnues du public. Sur scène, les deux frères ont visiblement accusé le coup avec plaisir. Le sourire du guitariste, du début à la fin, disait le reste. Elephanz revenait. Le public était là.

Une salle pleine, et un public très tenu

Premier fait marquant, avant même la première note : la salle. Le Trabendo est plein. Pas tassé par hasard, pas garni à moitié, pas rempli à coups de nostalgie visible. Plein, franchement. C’est d’autant plus net que le groupe revient de loin, avec un long silence discographique derrière lui. En face, le public surprend aussi. Des jeunes adultes, souvent plus jeunes que les deux frères, très propres sur eux, très cadrés, très soignés. Chemises blanches repassées, foulards autour du cou, cheveux bien peignés, sacs EPITA sur l’épaule. On a vu des foules plus désordonnées pour moins que ça.

Le contraste amuse un peu. La pop d’Elephanz attire un public sage en apparence, mais pas absent. La salle écoute, suit, chante, répond. Les anciens titres sont repris en chœur, sans flottement. Les nouveaux morceaux, eux, arrivent sans capital mémoire, sans refrain déjà mâché, sans confort. Et pourtant la machine prend. Ce n’était pas gagné. Un des chanteurs le rappelle d’ailleurs sur scène : l’album sort “dans deux ou trois heures”. La phrase a quelque chose de simple et d’assez juste. Personne ne connaît vraiment ces chansons, mais tout le monde est déjà là pour elles.

Un son épais qui brouille la promesse

Sur scène, Elephanz se présente en formation claire. Les deux frères, l’un au clavier, l’autre à la guitare, accompagnés d’une bassiste et d’un batteur. Rien de trop. Rien d’inutile. Le groupe choisit même de déshabiller plusieurs titres, à rebours de la production très soignée et plus subtile du nouvel album. Par moments, il ne reste presque que le clavier. L’idée pourrait tendre les morceaux, les rendre plus nus, plus saillants. Encore faut-il que le son suive. Au Trabendo, comme souvent, ce n’est pas vraiment le cas.

Le problème arrive vite et ne lâche presque plus la soirée. Un son étouffé par les basses, comme pris dans un voile, une sorte de brouillard sonore qui affaiblit les instruments au lieu de les porter. La pop lumineuse d’Elephanz y perd de sa netteté. Les détails se tassent. Les contours se ferment. Les arrangements déjà simplifiés paraissent parfois plus pauvres qu’ils ne le sont. Le concert aurait eu besoin d’un son plus clair, d’un peu plus d’air, d’un peu plus de puissance. À défaut, tout reste un peu à distance, comme si les chansons jouaient derrière une vitre.

La recette Elephanz tient toujours

Ce qui sauve largement la soirée, c’est que la matière Elephanz tient encore debout. La setlist alterne anciens titres et nouveaux morceaux avec une continuité assez frappante. Au fond, on a parfois du mal à tracer une frontière nette entre les deux périodes. Ce n’est pas un défaut. C’est même le signe d’une écriture cohérente, presque obstinée. Le duo a toujours cette façon de composer une pop immédiate, très lisible, avec des mélodies qui caressent l’oreille dès la première écoute sans tomber dans la facilité niaise. C’est souple, net, efficace. La recette n’a pas disparu.

Mais cette douceur mélodique cache autre chose. Les thèmes sont plus sombres que la surface ne le laisse croire. Cela se voit aussi dans la scène, dans la manière du chanteur-claviériste de bouger. Une gestuelle qui emprunte autant au rap qu’à la boxe, des sourires qui alternent avec des expressions plus fermées, plus renfermées. Le corps dit alors ce que les chansons suggèrent. La pop d’Elephanz n’est pas seulement jolie, scintillante et neutre. Elle porte une légère tension. Elle reste polie, oui, mais elle n’est pas vide. C’est peut-être même là son vrai point d’équilibre.

Une soirée agréable, trop contrôlée

Le concert laisse pourtant une réserve assez nette. Tout cela fonctionne, mais sans véritable débordement. Le contrôle domine presque tout. Le groupe tient son cap, le public suit, les chansons font leur effet, la salle ressort contente. C’est déjà beaucoup. On sent même un vrai plaisir mutuel entre la scène et la fosse. Les deux frères paraissent sincèrement ravis de l’accueil. Le public, lui, quitte la salle avec le sentiment d’avoir passé un bon moment. Sur ce point, difficile de contester le résultat. Ce soir-là, l’affaire était clairement placée sous le signe du feel good.

C’est aussi là que le concert montre sa limite. Il manque une part d’imprévu, un peu d’audace, un peu de désordre, un peu de fièvre. Le passage plus club électro, lui, fonctionne mieux précisément parce qu’il ouvre enfin une brèche. On aurait aimé que le groupe insiste, pousse, dérègle davantage sa belle mécanique. Au lieu de cela, Elephanz reste souvent du côté du propre, du maîtrisé, du bien tenu. Comme le public, en somme. Le concert manquait d’emportement. Il manquait de débordement. Il manquait, surtout, de cette légère folie qui transforme une bonne soirée en vraie secousse.


Elephanz : Site officiel