Avec son arrivée en tant que directeur créatif permanent de Jean Paul Gaultier, Duran Lantink ouvre une nouvelle page pour la maison. Son approche libre, engagée et subversive redéfinit la manière d’habiter l’héritage de l’un des créateurs les plus iconoclastes de la mode.
“Gaultier représente l’esprit libre, la provocation et le savoir-faire. C’est un honneur de prendre les rênes.” Duran Lantink
L’annonce faite en avril 2025 par Jean Paul Gaultier marque un tournant important pour la maison, qui vivait depuis 2020 au rythme des directeurs invités. En nommant Duran Lantink à la tête du prêt-à-porter et de la couture, la maison choisit une vision claire, portée par un créateur qui revendique une mode indépendante, incarnée et profondément contemporaine. Sa première collection, présentée lors de la Fashion Week de Paris en octobre 2025, confirme un tempérament capable d’assumer l’héritage tout en le transformant de l’intérieur.
Racines néerlandaises et trajectoire ascendante
Né en 1987 à La Haye, Duran Lantink grandit dans un environnement où la liberté esthétique occupe une place essentielle. Formé à la Gerrit Rietveld Academie puis au Sandberg Instituut à Amsterdam, il développe rapidement une approche expérimentale du vêtement. Ses années d’étude, marquées par l’importance de la sculpture textile et du corps comme matériau, structurent son regard. En 2020, il crée sa marque éponyme, encore confidentielle mais déjà repérée pour son langage visuel hybride mêlant upcycling, torsions de silhouettes et humour subversif. Sa signature repose sur la déformation du vêtement, la remise en question de la norme et l’envie de redonner au matériau une énergie nouvelle. En 2024, il reçoit le prix Karl Lagerfeld, une reconnaissance qui confirme son potentiel et attire davantage l’attention internationale.
Une esthétique du chaos maîtrisé
Ce qui définit le mieux Duran Lantink est sans doute sa façon de rendre le chaos lisible. Sa mode n’est jamais gratuite. Il travaille par superpositions, découpes, collages et réassemblages qui questionnent la manière dont le vêtement dessine le corps. Ses silhouettes oscillent entre références club, codes queer, culture street et éléments de couture classique. Lantink aime renverser les hiérarchies, jouer avec le laid et le beau, faire surgir de la poésie dans l’accident. Pour lui, le vêtement raconte une histoire intime, politique et sensible.
C’est cette perspective qui séduit Jean Paul Gaultier, maison historiquement attachée à la provocation constructive et à la liberté d’expression. Lantink ne copie pas l’esprit Gaultier, il en active les fondations. Il considère l’archive non comme un musée mais comme un matériau vivant, capable d’être déconstruit et reformulé. Sa vision rejoint celle du fondateur sur un point essentiel : la mode n’a de force que si elle assume son rôle culturel, qu’elle parle du monde, des corps, des identités.
La rencontre entre une maison mythique et un créateur radical
Sa nomination officielle comme directeur créatif permanent vient mettre fin au système des collaborations tournantes qui avait rythmé la maison depuis quatre ans. Ce choix affirme une volonté de cohérence et de continuité, tout en laissant la place à une esthétique nouvelle. Lors de son premier défilé pour la saison printemps-été 2026, présenté en octobre 2025, Lantink propose un vocabulaire qui réinterprète les symboles Gaultier. Les marinières deviennent des structures modulables, les silhouettes gainées se déploient en volumes mobiles, les références marines se transforment en éléments presque futuristes. Certaines pièces jouent sur la transparence et le faux nu, d’autres sur le détournement d’archives emblématiques, tout en conservant le savoir-faire couture propre à la maison. La presse salue une collection énergique et cohérente, capable de renouer avec l’esprit originel sans tomber dans le pastiche. Les médias évoquent une direction claire, une modernité assumée et une capacité à donner un nouveau souffle à un univers emblématique de la mode française.
Duran Lantink incarne une génération de créateurs pour qui la mode est un outil de réflexion autant qu’un acte esthétique. Son arrivée chez Jean Paul Gaultier marque le début d’un nouveau chapitre, fondé sur l’artisanat, l’engagement et la liberté. Il s’approprie l’héritage sans le figer, le bouscule sans le trahir. Avec lui, la maison retrouve une impulsion créative capable de dialoguer avec l’époque. La suite dira jusqu’où cette dynamique pourra aller, mais son premier geste suffit à dessiner une intention précise : faire de Gaultier une maison résolument contemporaine, audacieuse et vivante.







