À Paris, Pharrell Williams n’a pas “ouvert” la Paris Fashion Week : il l’a encadrée, comme on encadre une image trop vaste pour l’œil nu. Une maison de verre posée dans un jardin, un cube comme caisse de résonance, un chœur et un orchestre perchés aux balcons. Et, à l’intérieur, une question presque embarrassante tant elle semble simple : à quoi ressemble le luxe quand il prétend redevenir une forme de calme ?
Une maison dans la maison : le décor comme doctrine
Le premier geste, celui dont on se souvient avant même de parler de vêtements, tient à l’architecture. Louis Vuitton installe le défilé homme Automne/Hiver 2026-2027 au pied de la Fondation Vuitton, dans un dispositif qui emprunte à la fois au musée, au théâtre et à l’immobilier mental : un cube, oui, mais surtout une maison de verre au centre, “Drophaus”, conçue avec Not A Hotel.
C’est une idée vieille comme le luxe (faire croire que l’on entre dans un monde) mais ici, elle se recompose autrement : non plus l’exotisme des ailleurs, mais le fantasme d’un intérieur parfait, autosuffisant, respirable. Architectural Digest insiste sur ce brouillage volontaire entre dedans et dehors, sur la végétation, sur l’objet “habitable” pensé comme un manifeste de style de vie autant que comme décor. Le défilé devient alors moins une présentation qu’une mise en situation : le vêtement n’est plus seulement montré, il est testé face à une architecture qui prétend être l’avenir.
Le son comme montage : l’émotion contrôlée
Un défilé peut être spectaculaire et pourtant ne rien laisser, sinon une lumière qui clignote. Ici, l’émotion se fabrique autrement : par le son, par la cérémonie. Associated Press raconte un chœur gospel et un orchestre jouant en direct depuis les balcons : pas comme un décor sonore, mais comme un dispositif narratif, une manière de rendre la marche “cinématique”, presque chorégraphiée.
Ce choix n’a rien d’innocent : il donne au vêtement une gravité instantanée, comme si chaque silhouette méritait d’être portée par autre chose que le bruit des flashs. Et dans cette orchestration, quelque chose se révèle : Pharrell Williams cherche moins la rupture que l’autorité tranquille, le luxe comme contrôle du rythme. Même l’apparition de célébrités (SZA, par exemple, commentée jusque dans ses détails vestimentaires) participe de cette dramaturgie où le show se veut expérience totale, et non simple collection.
Discrétion, mais pas effacement : une élégance qui se cache dans la matière
La presse a beaucoup employé les mots “understated”, “discreet elegance”, comme si Louis Vuitton avait décidé de baisser la voix. Reuters — via de multiples reprises — décrit une palette sourde, des tons feutrés, une élégance tenue. Vogue France, de son côté, observe le retour d’un dandysme paradoxal : le jogging porté avec des chaussures habillées, le preppy remis sens dessus dessous, le costume croisé “pas trop guindé”, comme si la tenue formelle devait désormais prouver qu’elle sait respirer.
C’est là que le travail de Pharrell devient lisible : il ne s’agit pas de minimalisme (le mot serait trop propre), mais d’une stratégie de retenue. Le vêtement Vuitton reste “reconnaissable de loin”, attaché à l’idée de voyage et au prestige des pièces de maison, dit l’Associated Press — mais il se densifie au plus près, dans les détails, dans ce qui ne s’attrape pas en story. Le luxe, ici, n’est pas la démonstration : c’est la maîtrise du contraste.
Le futur comme nostalgie polie : quand le rétro se fait technologie douce
Ce qui frappe, c’est la manière dont l’époque se dépose sur les silhouettes sans se proclamer : une allure rétro-futuriste, des souvenirs des années 1980 filtrés par des matières pensées pour aujourd’hui, une idée de fonctionnalité qui ne s’avoue jamais complètement comme “tech”. GQ rapproche même Louis Vuitton d’Auralee — deux extrêmes, dit-il, mais une même direction souterraine : un menswear qui cherche l’émotion tactile, le layering juste, une élégance relâchée qui refuse l’hystérie. Et pendant que le calendrier parle de “collection”, Louis Vuitton parle de “show”, au sens le plus littéral : une production qui doit contenir à elle seule la promesse d’une saison. La maison, pour ce début de semaine, ne s’est pas contentée d’habiller des corps : elle a construit une hypothèse de monde.
Ce défilé a donc quelque chose d’ambivalent, presque inconfortable dans sa beauté contrôlée : il veut rassurer (couleurs sourdes, lignes tenues, élégance portable) tout en rappelant que Vuitton reste une machine culturelle, un format qui dépasse le vêtement. Pharrell n’invente pas une nouvelle masculinité ; il la met en scène comme un intérieur contemporain : propre, fluide, habitable — et, précisément pour cela, légèrement irréel.










Louis Vuitton : Paris Fashion Week 2026 : Collection Homme Automne hiver 2026:2027







