Accueil / What's the focus ? / Courrèges mise sur Drew Henry

Courrèges mise sur Drew Henry

Courrèges a nommé Drew Henry directeur artistique le 30 mars 2026. Le designer, passé par Burberry, Céline, JW Anderson et Phoebe Philo, prendra ses fonctions en mai 2026. Il succède à Nicolas di Felice, parti une semaine plus tôt pour se consacrer à des projets personnels. La maison joue la continuité du vocabulaire moderne, avec un visage que le grand public connaît peu, ce qui dans la mode n’empêche jamais les commentaires d’arriver avant les vêtements.

Un nom discret pour une maison très regardée

Drew Henry n’est pas un nom de façade. C’est justement le sujet. Courrèges confie sa direction artistique à un designer de 38 ans, né en Afrique du Sud, jusque-là directeur du design senior chez Burberry sous Daniel Lee depuis 2023. Avant cela, il a travaillé chez Céline, JW Anderson et Phoebe Philo. Le parcours est net, presque clinique. Pas de grand numéro public, pas de personnage surexposé. Dans une industrie qui adore transformer chaque nomination en feuilleton, ce choix a quelque chose d’assez sec. Et assez logique.

Cette arrivée intervient très vite après le départ de di Felice, annoncé le 24 mars 2026. Nicolas Di Felice quitte Courrèges après cinq ans, avec un bilan visible : une silhouette identifiable, un goût du club, du vinyle, de la mini-jupe et du geste spectaculaire remis au centre de la maison. La transition n’a donc rien d’un trou d’air. Artémis, propriétaire de Courrèges depuis sa prise de contrôle totale en 2018, a refermé la parenthèse en une semaine. Dans le luxe, on appelle cela de la stabilité. Ou une très bonne gestion des silences.

Le pari d’une modernité sans bavardage

Les mots avancés autour de Drew Henry sont révélateurs. François-Henri Pinault parle d’une “vision claire”. Marie Leblanc, directrice générale de Courrèges, évoque son “talent créatif” et sa “culture contemporaine”. Henry, lui, insiste sur des vêtements “modernes, fonctionnels et directs”. Le champ lexical est limpide. Pas de promesse baroque. Pas de rupture tonitruante. Courrèges ne semble pas chercher un pyromane, mais quelqu’un capable de tenir une ligne.

C’est aussi là que le choix raconte quelque chose de la maison. André Courrèges reste associé à une idée très simple et très dure à tenir : faire du vêtement un objet de vie moderne, pas un accessoire d’effet. Henry reprend précisément ce terrain-là dans sa première déclaration. Il parle d’histoire à honorer et de perspective personnelle à apporter. Rien de plus. Dans un moment où beaucoup de nominations sont vendues comme des révolutions avant même le premier prototype, cette sobriété a presque l’air d’un contre-programme. Presque.

Septembre dira le reste

Le calendrier, lui, est déjà posé. Drew Henry prendra officiellement ses fonctions en mai 2026. Sa première collection pour Courrèges est attendue à Paris en septembre, pendant la Fashion Week, pour la saison printemps-été 2027. C’est là que le discours s’arrête et que les vêtements commencent. Entre-temps, il n’y a qu’un CV, quelques citations, et beaucoup de projections. La mode adore remplir le vide. Les podiums, eux, sont souvent moins bavards.

Cette nomination s’inscrit aussi dans le vaste remaniement des directions artistiques qui traverse le secteur depuis 2025. Numéro la range dans ce “grand turn-over” qui secoue les maisons. Vogue souligne de son côté la filiation avec l’école Phoebe Philo, dont plusieurs anciens collaborateurs occupent aujourd’hui des postes majeurs. Les deux lectures ne s’opposent pas. Elles se superposent. Courrèges choisit à la fois un maillon de ce mercato permanent et un profil formé dans une certaine idée du minimalisme construit. Pour une maison qui vit de lignes franches, la cohérence n’est pas absurde.


Courrèges : Site officiel