Sorti le 13 mars 2026, Irreversible est le deuxième album de Brigitte Calls Me Baby. Le groupe de Chicago arrive après un premier disque remarqué et une longue séquence de tournée, des grandes scènes avec Fontaines D.C., Muse, The Last Dinner Party ou Morrissey jusqu’au retour au studio. L’actualité est là, nette, sans ruban autour : un nouvel album, onze titres, et une idée simple, pousser plus loin une pop romantique qui regarde les années 1980 sans demander pardon.
Une voix qui avance de biais
Chez Brigitte Calls Me Baby, la première chose qui frappe reste la voix de Wes Leavins. Pas parce qu’elle rappelle vaguement quelqu’un. Parce qu’elle se pose au milieu des guitares comme un objet un peu déplacé, trop élégant pour le décor et pourtant parfaitement à sa place. Irreversible joue là-dessus en permanence. Les guitares brillent, les claviers ouvrent l’air, la batterie garde une ligne droite, et la voix vient compliquer le tableau. Cela donne des chansons qui marchent sur un fil entre la pose et l’aveu. Le groupe connaît le danger. Il le regarde. Puis il continue quand même. Benzine parle d’un disque entre nostalgie et revisite, Les Inrocks d’un album aussi agaçant qu’emballant : la formule n’est pas absurde, parce que le charme du disque tient justement dans cette gêne légère.
Le titre Irreversible convient bien à ce climat. Pas comme slogan. Comme petite fatalité sentimentale. Dans l’entretien accordé à The Big Takeover, le groupe parle de nostalgie, du flou entre rêve et veille, et de l’idée que l’amour n’est pas toujours partagé. Cela s’entend sans qu’on ait besoin d’un mode d’emploi. Les morceaux gardent quelque chose de mobile, presque nocturne, avec des refrains qui accrochent vite et des couplets moins polis qu’ils n’en ont l’air. On entre par la mélodie. On reste pour les fissures. Ce n’est pas un disque qui cherche la modernité à coups de coude. Il préfère arranger la lumière, remettre le col en place, puis laisser venir l’inconfort.
Un disque travaillé sur la route puis resserré au studio
La fabrication de Irreversible est liée au temps de la route. Wes Leavins l’explique dans New Noise : le groupe a beaucoup écrit en tournée, dans le van, à l’hôtel, parfois avec la possibilité de tester un morceau le soir même sur scène. On a vu pire comme laboratoire. Cette circulation entre écriture et concert donne au disque un nerf plus direct que celui d’un album pensé entièrement à huis clos. Le groupe raconte aussi un processus plus collectif que sur le premier disque. Chacun connaît mieux la place de l’autre. Cela se traduit par des chansons mieux tenues, moins isolées dans leur joli cadre. La mélancolie reste là, mais elle circule en bande.
Côté studio, Irreversible a été produit par Yves Rothman et Lawrence Rothman, et Tape Op précise que l’album a été enregistré et mixé au home studio de Lawrence Rothman à Los Angeles. New Noise, de son côté, insiste sur le travail de sons, de textures et sur une expérience vocale très libre pour Leavins. On comprend mieux pourquoi le disque sonne à la fois serré et ample. Rien ne déborde vraiment, mais rien n’est plat non plus. Même quand la référence eighties devient visible, le groupe essaie de garder du grain dans les angles. C’est souvent là que l’album tient debout : dans le détail de production, pas dans le clin d’œil appuyé.
Le vieux rêve pop, avec un peu de poussière dessus
Le vrai sujet de Irreversible, au fond, c’est la manière dont Brigitte Calls Me Baby traite le passé. Le groupe ne joue pas au musée. Il ne fait pas non plus semblant d’ignorer ses références. Il avance avec elles, ce qui est plus risqué. Certaines chansons prennent cette matière sentimentale et la rendent nerveuse. D’autres s’y abandonnent davantage. C’est là que l’album vacille un peu. Quand il pousse trop fort le goût des silhouettes familières, on voit les coutures. Quand il accepte d’être plus trouble, plus bancal, il devient meilleur. Cette hésitation fait aussi son prix. On n’écoute pas un disque comme celui-ci pour une thèse sur la pop. On l’écoute pour cette sensation précise : une belle ligne mélodique, puis un courant d’air un peu froid.
Le groupe arrive en 2026 avec une vraie place à défendre. Le premier album avait lancé la machine. Les tournées ont donné de la surface. Irreversible ne change pas totalement la donne, mais il l’affine. Il montre un groupe moins surpris d’exister, plus décidé sur ses moyens, et encore assez jeune pour garder un peu de désordre. C’est mieux ainsi. Trop de maîtrise aurait rendu ce romantisme irrespirable. Là, il reste des zones de buée sur la vitre. Et c’est précisément ce qui sauve l’ensemble du pastiche propre.
Brigitte Calls Me Baby : Irreversible (ATO records – PIAS) – Sortie le 13 mars 2026
Concerts : 30 mars 2026 au Trabendo (Paris), 5 juin 2026 au Festival This is not a love song (Nîmes)






