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Balenciaga, cœur, corps, casting

Le 17 février 2026, Balenciaga publie “Heart and Body”, campagne photographiée par David Sims, et s’en sert comme d’un panneau “nouvelle direction” : Pierpaolo Piccioli est aux commandes, et ça se voit. Le décor n’est pas un rêve de studio : un atelier d’artiste à Paris, assez nu pour que la mise en scène ressemble à une prise de position.

Un atelier à Paris, un cadrage

Là où Balenciaga a longtemps aimé l’excès de dispositif (le show comme machine, le décor comme commentaire), “Heart and Body” joue un autre jeu : une architecture d’atelier, des compositions photo et vidéo, et ce vocabulaire un peu théorique qui vient cadrer l’endroit comme un “lieu suspendu”. La marque insiste sur l’immobilité, sur le temps arrêté, sur l’identité qui se dépose quand le bruit baisse… bref, un espace qui sert de chambre d’écho à la notion de “communauté”.

Pierpaolo Piccioli, lui, verbalise ce choix avec une phrase qui sonne comme un anti-brief de pub : « J’ai choisi des individus, pas des personnages ». Il parle de visages marqués, de vulnérabilité, de nuance, et d’une communauté reliée par des valeurs : “pas l’uniformité, mais la résonance”. C’est aussi une manière de répondre aux formats qui fabriquent aujourd’hui la valeur (feeds, vignettes, recadrages, reels) : si tout finit en portrait sur écran, autant faire du portrait le sujet. C’est malin!

Ambassadeurs, amis, algorithmes

Le vrai moteur de la campagne, c’est le casting… et son étiquetage. Balenciaga annonce ses premiers “ambassadeurs” et “amis de la Maison” nommés sous la direction de Piccioli, en liant explicitement l’opération à ses premières collections pour la maison : Été 26 (“The Heartbeat”) et Automne 26 (“Body and Being”). La campagne sert donc de passerelle entre calendrier de collection et calendrier d’images : elle explique, elle installe, elle distribue des rôles.

Côté “ambassadeurs”, Balenciaga met en avant Winona Ryder, Harris Dickinson et Roh Yoonseo. Côté “amis”, le paquet est large : Hudson Williams, Labrinth, Danielle Deadwyler, Havana Rose Liu, et, du côté des mannequins, Mona Tougaard, Loli Bahia, ainsi que deux “exclusives” Balenciaga, Ned Sims et Sen Samysheva. L’énumération n’est pas qu’une liste : c’est une cartographie de circulation — cinéma, musique, mode, et cette zone grise où l’on devient “personnalité” avant d’être “client”.

Les médias mode qui relaient l’ensemble reprennent la même idée-force : Piccioli “humanise” la maison, ou du moins la recentre sur le porteur plutôt que sur le coup d’éclat. Mais l’ambiguïté reste là, à découvert : une campagne qui dit “présence réelle” dépend tout de même d’un casting très lisible, calibré pour la reconnaissance immédiate — donc pour l’algorithme autant que pour l’œil. Le cœur et le corps, oui ; mais sous vitrine, et en très haute définition.


Sources