Anna Calvi n’a jamais eu besoin de parler fort pour faire du bruit. La chanteuse et guitariste britannique s’est imposée avec une musique tendue, très écrite, où la voix coupe net et la guitare avance comme une lame. Son actualité immédiate remet son nom en circulation : un nouvel EP, Is This All There Is?, annoncé pour le 20 mars 2026, prolonge un parcours qui tient moins de la carrière bien rangée que de la mue permanente.
Une entrée sans politesse
Chez Anna Calvi, tout est arrivé avec une forme de raideur souveraine. Le premier album, Anna Calvi, sorti en 2011, installe tout de suite le décor. Une voix qui peut tenir la caresse et la menace dans la même phrase. Une guitare qui ne cherche pas le solo démonstratif, mais la poussée physique, la torsion, la montée de fièvre. Le disque frappe assez fort pour placer Calvi dans la conversation critique de l’époque, et assez précisément pour éviter le simple effet de mode. Il sera nommé au Mercury Prize. Ce n’est pas un détail de dossier de presse : c’est le signe qu’un premier disque avait déjà trouvé sa forme et son poids.
Très vite, la scène devient le vrai centre de gravité. Chez elle, les chansons ne restent pas au format disque. Elles changent de taille au contact du volume, des silences, des regards fixes, de cette manière d’avancer sur scène comme si chaque morceau devait laisser une trace matérielle dans l’air. La presse britannique a souvent insisté sur ce mélange de théâtralité et de tension rock, parfois en la ramenant à des comparaisons attendues. C’est le sort réservé aux artistes qui arrivent avec une silhouette trop nette : on cherche des cases, on trouve surtout un problème de classement. Anna Calvi, elle, joue déjà ailleurs. Pas dans la virtuosité décorative. Dans le contrôle, puis dans la déflagration.
Des disques qui déplacent le centre
Le deuxième album, One Breath, en 2013, ne sert pas à répéter la formule. Il serre davantage l’écriture, pousse les textures, ouvre des zones plus fragiles sans devenir aimable pour autant. Calvi a expliqué ce disque comme un moment de bascule, cet instant où l’on doit s’ouvrir sans savoir ce qui arrive ensuite. Cela s’entend. Les chansons semblent écrites au bord de quelque chose, avec un souffle retenu, des couches sonores plus denses, une émotion moins spectaculaire et plus difficile à contenir. Le disque sera lui aussi nommé au Mercury Prize. Deux albums, deux nominations. À ce stade, on ne parle plus d’apparition, mais d’installation ferme.
Puis Anna Calvi dévie. C’est souvent là que les trajectoires deviennent intéressantes. En 2014, Strange Weather prend la forme d’un EP de reprises enregistré à New York, avec Thomas Bartlett à la production, et un duo avec David Byrne (Talking Heads) sur le morceau-titre. Ce détour dit beaucoup d’elle. Reprendre, chez Calvi, ne veut pas dire illustrer son bon goût. Cela veut dire déplacer une chanson dans un autre climat, en changer la lumière, lui retirer ses évidences. On retrouve là son rapport très physique au son, mais aussi une curiosité moins visible que l’image de prêtresse électrique qu’on lui colle volontiers. L’artiste avance par déplacements latéraux, pas par ligne droite.
Le désir, la scène, puis l’écran
Avec Hunter, en 2018, Anna Calvi ouvre encore le cadre. Le disque travaille frontalement les questions de corps, de désir et de genre, sans transformer le propos en leçon. Elle l’a dit clairement à l’époque : il s’agissait d’écrire depuis un endroit moins assigné, moins docile, plus mobile. Le résultat n’a rien d’abstrait. Ce sont des morceaux qui grondent, qui frottent, qui avancent avec une énergie sèche. La critique a relevé cette intensité, parfois avec réserve sur certains réflexes esthétiques, mais sans contester la puissance de présence du disque. Hunter lui apporte une troisième nomination au Mercury Prize. Trois albums studio, trois nominations : la statistique est rare, et elle finit par ressembler à un fait de style.
La suite confirme que Calvi n’a pas l’intention de devenir sa propre copie. En 2020, elle reprend Hunter sous une autre forme avec Hunted, entourée d’invités comme Courtney Barnett, Julia Holter, Charlotte Gainsbourg ou Joe Talbot. Puis elle écrit pour Peaky Blinders, d’abord autour de la série, puis avec l’EP Tommy en 2022. Là encore, ce n’est pas un habillage de prestige. Son univers s’accommode très bien de l’écran, parce qu’il procède déjà par tension visuelle, par clair-obscur, par gestes nets. En mars 2026, un nouvel EP, Is This All There Is?, doit encore élargir ce terrain avec des collaborations annoncées avec Iggy Pop, Laurie Anderson, Matt Berninger (The National) et Perfume Genius. Anna Calvi reste donc fidèle à sa logique la plus simple : ne pas se répéter, mais ne jamais se diluer.
Anna Calvi : Is this all there is ? (Domino records) – Sortie le 20 mars 2026
Sources :
- Official Charts – ANNA CALVI songs and albums | full Official Chart history – 2026
- Domino Music – Anna Calvi announces new EP featuring Iggy Pop, Laurie Anderson, Matt Berninger and Perfume Genius – 2026
- Domino Music – Anna Calvi reveals title track of forthcoming EP featuring The National’s Matt Berninger – 2026
- Domino Music – Anna Calvi publie son nouvel EP Tommy – 2022
- Bandcamp – Tommy – 2022
- Primary Talent – News | May 2014 – 2014
- The Guardian – Anna Calvi: Hunter review – gutsy and resonant – 2018
- Vice – Anna Calvi On Her Pioneering Rock Album About Gender- – 2018
- Stars Are Underground – Anna Calvi – Interview – Paris, jeudi 29 août 2013 – 2013






