Nicolas Di Felice est de nouveau dans l’actualité mode : le 24 mars 2026, Courrèges a annoncé son départ après près de cinq ans à la direction artistique de la maison. Le moment compte, parce que son passage a remis Courrèges au centre du jeu parisien avec une grammaire claire : du vinyle, des découpes franches, une idée très physique du vêtement, et cette façon de faire entrer le club dans une maison née bien avant les files d’attente de personnes dociles attendant d’êtres auscultées par le physionomiste.
Un Belge arrivé sans folklore
Nicolas Di Felice est belge et diplômé de La Cambre, à Bruxelles. Avant Courrèges, il a travaillé dans l’ombre, longtemps, chez Balenciaga puis Louis Vuitton avec Nicolas Ghesquière, avec un passage chez Dior auprès de Raf Simons. Ce parcours explique beaucoup de choses. Chez lui, le dessin ne bavarde pas. La coupe doit tenir seule, sans béquille narrative. Quand Courrèges le nomme directeur artistique en septembre 2020, il n’arrive pas comme un sauveur, encore moins comme un agitateur de citations vintage. Il arrive comme quelqu’un qui sait très bien ce qu’une maison peut perdre en voulant trop se souvenir d’elle-même.
Son point de départ n’est pas le fantasme spatial qu’on colle volontiers à Courrèges dès qu’on voit une botte blanche et une ligne géométrique. Plusieurs entretiens le montrent au contraire attentif à l’idée de vêtements portés pour de vrai, dans la rue, sur des corps vivants, avec du mouvement, de la sueur et parfois une nuit trop longue. C’est sans doute là que son Courrèges a pris. Pas dans la révérence. Dans l’usage. Dès ses débuts à la maison, encore sous les restrictions de la période Covid, il installe une silhouette plus directe, plus sensuelle, moins musée. Le résultat n’avait rien de tapageur. C’était précis, et donc plus difficile à imiter.
Courrèges remis en tension
Ce qu’il a fait chez Courrèges tient à une opération simple sur le papier, nettement moins simple en vrai. Il a repris les signes de la maison, puis il les a remis sous tension. Le logo AC revient. Le vinyle revient. Les minijupes, les bottes hautes, les mailles côtelées, les jeans bootcut et les robes coupées au plus juste reviennent aussi. Mais tout cela n’est pas traité comme un album souvenir. Nicolas Di Felice mélange l’archive avec autre chose : le biker, le club, la fête, la vitesse, le corps qui s’échauffe, le vêtement qu’on enlève presque en marchant.
Ses défilés ont joué un rôle décisif dans cette remise en circulation. Vogue relevait au printemps 2025 une construction en boucle, inspirée du ruban de Möbius, où certaines pièces semblaient doubles alors qu’elles n’en formaient qu’une seule. À l’automne 2025, la collection avançait sous un nuage de confettis colorés, avec des vêtements enveloppés, tordus, serrés, comme au sortir d’une fête qui ne sait pas encore si elle finit ou si elle recommence. Au printemps 2026, la maison poursuivait cette ligne avec une collection pensée pour la chaleur, la dualité et des formes de plus en plus affûtées. Même ses boutiques parisiennes ont été travaillées dans cet esprit, entre monochrome, matière feutrée et signes empruntés au clubbing. Chez Di Felice, la modernité n’est pas un discours. C’est une température.
Le corps, la fête, puis la sortie
Ce qui rend Nicolas Di Felice identifiable, au fond, c’est sa manière de faire tenir ensemble deux choses qui s’opposent souvent chez les autres. D’un côté, une vraie discipline de ligne. De l’autre, une sensualité très concrète. Ses vêtements montrent la peau, mais sans folklore érotique. Ils serrent, coupent, gainent, découvrent, et gardent pourtant quelque chose d’assez froid dans le regard. Le corps n’est jamais décoratif. Il est au travail, presque mis sous tension électrique. C’est sans doute pour cela que son Courrèges a parlé à une génération plus jeune sans tourner le dos à l’histoire de la maison.
Son dernier passage chez Courrèges, présenté pour l’automne-hiver 2026-2027, était construit autour d’un vestiaire de vingt-quatre heures dans la vie d’une femme Courrèges. Quelques semaines plus tard, la maison annonce son départ, et lui dit vouloir se consacrer à des projets personnels. L’information suffit largement. Inutile d’ajouter les rumeurs de couloir, la mode s’en charge très bien toute seule. Ce qui reste, lui, est plus concret. En cinq ans, Nicolas Di Felice a rendu à Courrèges une netteté, une désirabilité et une présence de rue que la maison cherchait depuis longtemps. À suivre…
Sources :
- Vogue – Nicolas Di Felice Exits Courrèges After Five Years – 2026
- Harper’s Bazaar – Nicolas Di Felice Departs Courrèges – 2026
- Le Monde – Nicolas Di Felice leaves Courrèges – 2026
- Vogue France – “Au début, ce que je souhaitais, c’était voir des gens habillés en Courrèges. J’ai l’impression qu’après 4 ans, c’est le cas” : Rencontre avec Nicolas Di Felice – 2025
- Vogue Runway – Courrèges Spring 2025 Ready-to-Wear Collection – 2024
- Vogue Runway – Courrèges Fall 2025 Ready-to-Wear Collection – 2025
- WWD – Courrèges Fall 2026: A Day in the Life – 2026
- WWD – Courrèges Spring 2026: Here Comes the Sun – 2025
- Printemps – Nicolas di Felice : “j’aime cette idée de pouvoir proposer du …” – 2024






