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Matières Fécales : automne-hiver 2026-2027, satire sous colonnes

Le 3 mars 2026 à Paris, Matières Fécales se cale à 16 h sur le calendrier officiel, entre les formats installés et les curiosités qui font parler. La maison, fondée en 2025 et pilotée par Hannah Rose et Steven Raj, revendique une mode qui mêle performance, musique, subversion théâtrale et codes du luxe. Elle choisit le Palais Brongniart, ancienne Bourse napoléonienne, comme on choisit un symbole trop évident pour être innocent. Et elle baptise l’ensemble “The One Percent”, histoire que personne ne fasse semblant de ne pas comprendre.

Palais Brongniart, ou l’argent comme décor

Dans le texte de Vogue Runway, le lieu est décrit sans détour : Palais Brongniart, et donc la finance en architecture, colonne comprise. Le défilé de Matières Fécales commence avec une caricature des gagnants les plus visibles de l’époque, ces “filthy rich” du “one percent” dont la collection reprend le nom. On y voit, toujours selon Vogue, des gants d’opéra aux paumes rouge sang, des masques faits de billets, des bandages post-op, et même un vestiaire de soirée façon Mr. Monopoly. Ce qui frappe, c’est que la satire passe autant par les prothèses que par les vêtements, comme si le corps devait être “fabriqué” avant d’être habillé.

Vogue Runway insiste ensuite sur le jeu de références : Galliano chez Dior, McQueen, Demna chez Balenciaga, avec des apparitions parodiques de Chanel et Max Mara. L’exercice pourrait sentir le moodboard, mais le papier parle d’un filtre commun : effiloché, écorché, abîmé, “slick” quand même, donc contrôlé. L’idée est claire : même la décrépitude doit être bien coupée, sinon ce n’est plus de la mode, c’est juste un dégât. Numéro, de son côté, revendique une critique du capitalisme contemporain et de ses effets, en s’appuyant sur une étude d’Oxfam sur la concentration du patrimoine. On peut discuter la démonstration, mais la mise en scène, elle, ne cherche pas la nuance : elle force le regard. Et Brongniart, là-dedans, ne sert pas de simple salle ; il sert de légende imprimée sur le sol.

Le culte, le hoodie, et la marchandise “soft”

Après les riches grimés, Vogue Runway décrit l’arrivée d’un groupe en figures sombres : robes de jersey à capuche, bombers, bikers. Sur ces pièces, un motif de crucifix cousu, “passingly sacrilegious”, qui fait le boulot sans en faire trop. Le groupe se rassemble en cercle, puis se “révèle” aux photographes : c’est écrit comme un rituel, calibré pour l’image. Le papier pose une question que la collection laisse volontairement ouverte : résistance ou force d’appoint des puissants. Dans les deux cas, Vogue suggère que ces vêtements-là jouent une autre partition, plus accessible, destinée à ceux qui veulent un “whiff” de l’identité subversive sans acheter le sommet du délire. C’est peut-être la phrase la plus lucide du compte rendu : la radicalité aussi a ses versions d’entrée de gamme. Et le hoodie, ici, n’est pas un symbole de rue ; c’est un uniforme de groupe, donc un produit qui sait exactement à quoi il sert.

Numéro parle d’archétypes qui se succèdent, d’une “famille bourgeoise” en silhouettes semi-couture, et d’accessoires où perles et liasses de billets glissent vers un imaginaire BDSM. L’article évoque des gants maculés de sang, et une cérémonie “aux accents satanistes” pensée comme espace de protection et de résistance. Là, on touche au point sensible : la marque aime les signes lourds, parce qu’ils se voient de loin, et qu’ils font réagir vite. Vogue, plus sec, note que la satire peut frôler le cosplay autant que la critique. Le contraste n’est pas un désaccord, plutôt un réglage de distance : l’un écrit depuis l’ivresse de la performance, l’autre depuis la table de montage. Entre les deux, on devine une même mécanique : choquer, oui, mais avec un sens aigu de ce qui restera en photo.

Les invités, la chute, et le “vieux argent” en final

Le show a eu son accident, au sens littéral, et Vogue Runway le raconte sans romantisme. Daphne Guinness, en plateformes et robe étroite à traîne métallique, se retrouve piégée par la combinaison ; elle ne s’en sort que grâce à l’intervention de Hanan Besovic et d’autres spectateurs. Scène parfaite, involontaire : la mode qui se veut outrée finit par réclamer des mains autour d’elle. Le papier mentionne aussi des chaussures Louboutin, et surtout des bottes “prosthetic feet”, comme si le pied devait lui aussi devenir un accessoire de fiction. Puis vient une fin moins caricaturale, avec la ligne d’épaule arrondie “high shrug” chère à la marque, des robes de laine précisément pincées, Michèle Lamy en maille à bras “shaggy”, et Bryan Johnson — présenté comme “longevity speculator” — en rib knit ajusté et pantalon. Numéro lit ce dernier tableau comme un face-à-face entre obsession transhumaniste et acceptation du vieillissement, et conclut sur une figure de reine élisabéthaine. Vogue, lui, parle carrément d’une trilogie de robes tailleur à silhouette élisabéthaine : “real old money”. Le mot claque, parce qu’il renverse la posture : après avoir moqué les nouveaux riches, la collection termine sur l’ancienne aristocratie comme fantasme propre, presque assumé.

Au fond, le défilé du 3 mars 2026 raconte moins “les 1 %” que l’envie d’en filmer les masques, puis d’en vendre une version portable. Brongniart donne la gravité, les prothèses donnent la morsure, le hoodie donne la diffusion. Et quand la dernière silhouette élisabéthaine arrive, on comprend que le pouvoir n’est pas seulement l’argent : c’est aussi la capacité à fabriquer des images qui tiennent, même quand quelqu’un trébuche.


Matières fécales : Site officiel

Sources :

  • FHCMTitre non disponible – 2025
  • FHCMTitre non disponible – 2026
  • Vogue RunwayMatières Fécales Fall 2026 Ready-to-Wear Collection – 2026
  • NuméroAu défilé Matières Fécales, le pouvoir de l’argent – 2026