Sorti le 2 octobre 2026 chez Domino Records, Cancel Me (I’m Tired) est le deuxième album de Fat Dog, groupe électro-punk du sud de Londres. Deux ans après WOOF., les sept musiciens conservent leurs rythmes rave, leurs guitares agressives et leur humour absurde, mais introduisent des chansons plus mélodiques et personnelles. Entre l’enthousiasme de Dork, les réserves de Benzine et la critique sévère de Pitchfork, ce nouvel album divise la presse musicale. Derrière le vacarme, Fat Dog essaie surtout de montrer qu’il sait faire autre chose que déclencher une fête.
Fat Dog Cancel Me (I’m Tired) : l’avis de la presse musicale
Un deuxième album qui divise les critiques
La sortie de Cancel Me (I’m Tired), le 2 octobre 2026 chez Domino Records, marque un premier vrai désaccord entre les médias qui suivent Fat Dog depuis ses débuts. Chez Pitchfork, Laura Snapes ne cache pas son irritation. Dans sa critique publiée le 9 octobre, elle décrit un groupe prisonnier de son goût pour la provocation et les effets spectaculaires. Les références culturelles s’accumulent, les plaisanteries deviennent répétitives et les arrangements ne suffisent pas, selon elle, à masquer le manque d’idées. Le magazine britannique The Line of Best Fit, sous la plume de Lana Marshall, entend presque l’inverse. Son article défend un disque volontairement désordonné, où les changements de registre témoignent d’une véritable recherche musicale. Les ruptures entre pop, rave, punk et ballades deviennent alors une qualité plutôt qu’un défaut. Les deux critiques décrivent pourtant une musique très proche : bruyante, instable et peu soucieuse de cohérence.
Dans Dork, Dan Harrison accueille ce nouvel album avec davantage d’enthousiasme. Le journaliste insiste sur la place prise par les mélodies, les refrains et une certaine chaleur jusque-là moins évidente dans la musique du groupe. Go Fuck Urself devient ainsi un morceau pop presque accueillant, malgré son titre. Le magazine apprécie également les passages où Joe Love abandonne son chant agressif pour adopter un registre plus sensible. En France, Sound of Violence partage cet enthousiasme et souligne le contraste entre les morceaux conçus pour faire danser et les chansons plus intimes. Le média voit dans Heart of Darkness, Snakes et Aliens les signes d’une écriture qui s’élargit. Cette évolution n’empêche pas Fat Dog de conserver ses provocations et son goût pour les arrangements excessifs. Ce n’est pas exactement un groupe qui découvre la retenue.
Benzine adopte une position plus interrogative. Dans sa chronique du 18 octobre, Eric Debarnot se demande si Fat Dog peut réellement dépasser la formule qui avait rendu WOOF. si identifiable. Le groupe conserve sa capacité à mélanger des styles que presque tout oppose. Mais les emprunts à la musique klezmer, particulièrement présents dans son premier disque, occupent désormais une place moins centrale. Certaines chansons rappellent davantage le rock britannique de Kasabian ou les atmosphères de western. Pitchfork considère ce déplacement comme une perte d’originalité. Benzine y voit aussi une tentative de faire entrer davantage d’émotion dans le répertoire du groupe. Derrière ce désaccord se trouve une question assez simple : attend-on encore de Fat Dog qu’il surprenne, ou seulement qu’il fasse du Fat Dog ?

Entre électro-punk, synthétiseurs et ballades, le son change
Musicalement, Cancel Me (I’m Tired) conserve une bonne partie des éléments qui caractérisaient WOOF.. Le morceau d’ouverture, Smile and Wave, démarre sur des guitares massives, des claviers sombres et une énergie presque martiale. La voix de Joe Love intervient avec cette manière de scander les paroles comme s’il s’adressait à une foule déjà agitée. Go Fuck Urself déplace ensuite le décor vers une synth-pop plus directe, portée par un refrain répétitif. Le morceau-titre revient à une pulsation de club, avec des synthétiseurs obscurs et des percussions insistantes. Même Pitchfork, pourtant sévère envers l’album, reconnaît la qualité de cet arrangement. Sur Shit Love, les influences klezmer et punk réapparaissent dans une accélération frénétique. Fat Dog continue de mélanger les genres sans prendre beaucoup de précautions.
La principale différence apparaît lorsque le groupe ralentit. Heart of Darkness installe une atmosphère psychédélique et sentimentale qui tranche avec les premières chansons. Joe Love y cherche moins à dominer les instruments qu’à laisser entendre sa voix. Sur Snakes, la guitare acoustique et les sifflements empruntent au western, avec un ton plus mélancolique que comique. Le morceau doit aussi quelque chose aux chansons populaires britanniques et irlandaises, comme le relève Benzine. Call It What You Want explore une autre forme de gravité, portée par des synthétiseurs sombres et des paroles plus personnelles. Ces passages ne font pas disparaître l’humour de Fat Dog, mais ils lui donnent une fonction différente. L’absurde ne sert plus uniquement à provoquer un rire ou à relancer le rythme.
La dernière chanson, Aliens, concentre une grande partie des débats autour du disque. Des arrangements de cordes, des cuivres, du piano et une montée presque théâtrale remplacent progressivement l’agressivité habituelle du groupe. Dork y entend une conclusion sentimentale inattendue et convaincante. The Line of Best Fit apprécie également cette ouverture vers des compositions plus amples. Pitchfork se montre beaucoup moins convaincu, considérant que cette accumulation d’instruments ne produit pas nécessairement davantage de profondeur. Benzine hésite entre une réelle ambition musicale et un excès de lyrisme. Tout dépend finalement de ce que chacun accepte dans une chanson de Fat Dog. Là où certains entendent une émotion nouvelle, d’autres perçoivent surtout un groupe qui augmente encore le volume de ses effets.
Joe Love, Oli Bayston et un album fabriqué après la tournée
Le contexte d’enregistrement permet de mieux comprendre ce changement de direction. Après la sortie de WOOF. en septembre 2024, Fat Dog a passé une grande partie de son temps sur les routes. Le groupe a notamment tourné aux États-Unis, avec des déplacements longs et parfois difficiles. Dans un entretien accordé à La Face B, Joe Love et Chris Hughes expliquent être revenus directement à la préparation du deuxième album après cette tournée américaine. L’écriture s’est déroulée dans un contexte très différent de celui du premier disque. Plusieurs nouvelles chansons n’avaient pas encore été longuement éprouvées sur scène avant leur enregistrement. Le disque a notamment été travaillé à Walthamstow, dans l’est de Londres, avec le producteur Oli Bayston, comme le rapporte NME. Joe Love a également participé à la production de cet ensemble de dix titres.
La méthode de composition a elle aussi évolué. Dans un entretien publié le 24 septembre par The Line of Best Fit, Joe Love explique que son objectif initial, avec WOOF., était essentiellement de faire bouger le public. Cette fois, il souhaite accorder davantage de place aux paroles et aux émotions. Les chansons sont construites à partir d’idées que le groupe déplace, assemble ou réécrit. Chris Hughes décrit une manière de travailler où plusieurs fragments peuvent finir réunis dans une seule composition. Call It What You Want serait ainsi passé par une forme plus proche de la trance avant de prendre sa forme définitive. Le morceau-titre emprunte quant à lui une partie de son inspiration à How Do You Sleep? de John Lennon, avec une référence musicale au groupe Altın Gün. Le résultat reste instable, mais l’intention ne consiste plus seulement à fabriquer des morceaux efficaces en concert.
Après WOOF., Fat Dog cherche une autre énergie
Avec WOOF., Fat Dog avait construit son identité autour d’une musique physique, répétitive et souvent délirante. Le mélange de punk, de musique électronique et d’influences klezmer donnait au groupe une personnalité immédiatement reconnaissable. Cancel Me (I’m Tired) ne renonce pas à cette recette, mais cherche à élargir son répertoire. Le disque parle désormais plus directement de fatigue, de relations sentimentales, de famille et de difficultés personnelles, même si les références absurdes restent nombreuses. Cette volonté de changement explique peut-être pourquoi les critiques sont si contradictoires. Ceux qui appréciaient avant tout la brutalité joyeuse de Fat Dog peuvent regretter une certaine dispersion. D’autres voient dans les morceaux plus calmes une manière d’éviter de répéter éternellement les mêmes recettes. Reste que les chansons les plus tapageuses gardent une place importante dans ces dix nouveaux titres.
La sortie de l’album accompagne également une nouvelle série de concerts. Après avoir partagé l’affiche avec Kneecap et assuré des premières parties de Foo Fighters, Fat Dog poursuit sa tournée européenne à l’automne 2026. Le groupe est notamment annoncé à l’Élysée Montmartre, à Paris, le 31 octobre, puis à Nantes le 1er novembre et à Tourcoing le 3 novembre. Ces concerts permettront de confronter les nouveaux arrangements à l’énergie scénique qui a largement construit sa réputation. C’est aussi là que les différences entre les deux albums pourront devenir plus nettes. Les titres rapides semblent toujours destinés à provoquer les mouvements de foule habituels. Mais Snakes, Heart of Darkness ou Aliens imposent d’autres rythmes et réclament une autre attention. Sur le disque, Fat Dog continue de faire du bruit ; entre deux décharges de synthétiseurs, il laisse simplement davantage de place au silence.
Fat Dog : Cancel Me (I’m Tired) (Domino Records) – Sorti le 2 octobre 2026
Sources
- Domino Records – Fat Dog announce second album ‘Cancel Me (I’m Tired)’ for Oct 2nd – 30 juin 2026
- Pitchfork – Fat Dog: Cancel Me (I’m Tired) Album Review – 9 octobre 2026
- The Line of Best Fit – Fat Dog make a glorious mess of Cancel Me (I’m Tired) – 28 septembre 2026
- Dork – Fat Dog – Cancel Me (I’m Tired) – 2026
- Benzine – Fat Dog – Cancel Me (I’m Tired) : le rire ou l’émotion ? – 18 octobre 2026
- Sound of Violence – Chronique album : Fat Dog – Cancel Me (I’m Tired) – 29 septembre 2026
- The Line of Best Fit – Fat Dog are finding another kind of energy – 24 septembre 2026
- NME – Fat Dog’s chaotic carnival is changing course, but still marching forward – 29 septembre 2026
- La Face B – FAT DOG : « J’ai déjà réalisé un rêve, un titre dans EAFC27 » – 2 octobre 2026




















