Née pour le basketball américain, l’Adidas Superstar a quitté les terrains de sport pour devenir une référence du hip-hop et de la mode urbaine. Sa coque en caoutchouc, ses trois bandes et son cuir blanc ont traversé plus de 55 ans de culture populaire. En 2026, Adidas remet cette chaussure au centre de ses collections et de ses campagnes, avec Samuel L. Jackson, JENNIE et Olivia Dean. Retour sur l’histoire d’un modèle qui doit autant à ses concepteurs qu’aux musiciens qui se le sont approprié.
Histoire Adidas Superstar : une chaussure conçue pour détrôner Converse
Avant de devenir une chaussure associée au hip-hop, l’Adidas Superstar répond à un problème très concret : mieux équiper les basketteurs américains. Dans les années 1960, les terrains sont largement dominés par les Converse Chuck Taylor All Star. Leur toile et leur semelle en caoutchouc constituent alors des références, mais elles présentent certaines limites pour les joueurs professionnels. Chris Severn, distributeur des chaussures Adidas aux États-Unis et ancien basketteur, connaît personnellement ces difficultés. Il cherche une chaussure offrant davantage de maintien, d’adhérence et de protection lors des changements brusques de direction. Il trouve un allié en Horst Dassler, fils du fondateur d’Adidas, Adolf Dassler. Ensemble, ils développent une nouvelle génération de chaussures de basketball avec les équipes d’Adidas en France. Selon le récit publié par les archives de la marque en 2020, ces premières recherches se déroulent même sans l’accord initial des dirigeants de l’entreprise.
Le développement ne donne pas immédiatement naissance à la Superstar. En 1965 apparaissent la Supergrip et la Pro Model, qui posent les bases de cette nouvelle famille de chaussures. Les prototypes sont essayés par des joueurs américains, dont les remarques conduisent à plusieurs modifications. La semelle extérieure adopte notamment un dessin en chevrons destiné à améliorer l’adhérence sur les parquets. La tige en cuir remplace la toile, afin d’offrir un meilleur maintien du pied. Les concepteurs travaillent également sur la résistance de la semelle et sa fixation à la chaussure. La Superstar reprend ces recherches en ajoutant sa caractéristique la plus reconnaissable : une coque avant en caoutchouc nervuré, appelée shell toe. Plusieurs documents de la marque évoquent une création en 1969, mais son histoire officielle situe la commercialisation du modèle en 1970.
Cette coque, qui évoque la forme d’un coquillage, n’est pas une simple décoration. Elle protège l’avant du pied et renforce une zone exposée aux chocs et à l’usure. Avec le cuir blanc, les trois bandes latérales et la silhouette basse, elle définit une apparence qui restera immédiatement identifiable. L’Adidas Superstar trouve rapidement sa place dans le basketball professionnel américain. Les archives Adidas avancent qu’en 1973, environ 75 % des joueurs des ligues professionnelles américaines portaient des chaussures de la famille Superstar, Supergrip ou Pro Model. Cette estimation, difficile à vérifier indépendamment, concerne donc plusieurs modèles et non la Superstar seule. Mais les années 1980 voient les équipements sportifs évoluer, tandis que les joueurs se tournent vers des chaussures plus récentes. La Superstar commence alors une seconde carrière, loin des paniers et des parquets.

Run-DMC : comment l’Adidas Superstar devient une chaussure du hip-hop
À New York, la Superstar change de fonction bien avant de changer de forme. La chaussure circule dans la rue, où elle n’est plus seulement considérée comme un équipement sportif. Dans les années 1980, le hip-hop développe ses propres codes vestimentaires, loin des costumes de scène traditionnels. Run-DMC, formé par Joseph Simmons, Darryl McDaniels et Jason Mizell, en donne une illustration. Sur scène, les trois musiciens portent des survêtements Adidas, des chapeaux noirs, de grosses chaînes et des baskets Superstar. Ils adoptent notamment la chaussure sans lacets, avec la languette apparente. Cette façon de la porter devient indissociable de leur image. La Superstar n’est plus seulement un produit disponible dans les magasins de sport : elle appartient désormais à un langage vestimentaire construit dans la rue.
Le 29 mai 1986, Run-DMC publie le morceau My Adidas, qui donne une nouvelle dimension à cette relation. Les paroles évoquent les chaussures portées par le groupe et revendiquent leur place dans son identité. Le 19 juillet 1986, lors d’un concert au Madison Square Garden de New York, les musiciens demandent au public de lever ses chaussures Adidas. Le geste transforme une paire de baskets ordinaire en signe collectif de reconnaissance. Un représentant d’Adidas assiste à cette démonstration, qui contribue à rapprocher le groupe de l’entreprise allemande. Un accord commercial est conclu la même année, ouvrant une nouvelle étape dans les relations entre les équipementiers sportifs et les artistes. Selon le Guinness World Records, il s’agit du premier contrat de promotion de baskets signé avec des personnalités extérieures au sport. Le succès de la Superstar ne dépend désormais plus uniquement de ses qualités techniques, mais aussi des personnes qui la portent.
Cette histoire mérite pourtant d’être distinguée du récit publicitaire qui en découle. Run-DMC n’a pas inventé l’Adidas Superstar, ni créé à lui seul son passage dans la rue. Le groupe a rendu visible, à une échelle internationale, un usage déjà installé dans certaines cultures urbaines américaines. L’absence de lacets, le survêtement porté au quotidien et les chaussures blanches entretenues avec soin composent une esthétique différente de celle des basketteurs professionnels. Avec Run-DMC, ces vêtements deviennent une manière de s’affirmer sur scène sans abandonner les codes du quartier. La Superstar entre progressivement dans l’histoire de la musique, au-delà de son statut de chaussure. Le Smithsonian National Museum of African American History and Culture conserve d’ailleurs une édition Run-DMC Superstar produite en 2013, avec sa boîte et ses lacets. L’objet est désormais documenté comme un témoignage de la rencontre entre le hip-hop et la mode.

De Prada à 2026 : pourquoi la Superstar continue de changer de visage
La longévité de l’Adidas Superstar tient en grande partie à son dessin. Sa silhouette basse, son cuir lisse, ses bandes dentelées et sa coque avant constituent une base visuelle facile à identifier. Le modèle traverse ainsi plusieurs modes vestimentaires sans nécessiter de transformation radicale. Ses proportions lui permettent de s’associer aussi bien à un jean large qu’à un pantalon plus ajusté. Au fil des années, les versions et les collaborations modifient les couleurs, les matières ou les finitions. En 2019, Prada et Adidas annoncent une première collaboration autour de la Superstar, accompagnée d’un sac Bowling. En 2020, la maison italienne propose notamment des déclinaisons fabriquées en Italie, en cuir, avec le double logo des deux marques. La chaussure issue du basketball se retrouve ainsi dans un univers où le travail du cuir et la fabrication deviennent des arguments centraux.
Mais cette circulation entre le sport, le luxe et la rue soulève une question : que reste-t-il de la Superstar originale ? Certaines collaborations conservent presque intégralement la silhouette tandis que d’autres en modifient sensiblement les proportions. En février 2026, Adidas Originals s’associe à SP5DER pour une Superstar Supermodified. La chaussure reçoit une tige en cuir verni embossée d’une toile d’araignée, des détails métalliques au talon et trois bandes déplacées vers l’avant du pied. Les lacets épais et les couleurs contrastées accentuent encore cette transformation. Pourtant, le bout en caoutchouc conserve un lien visuel avec le modèle de basketball initial. Cette coque fonctionne désormais comme une signature que les créateurs peuvent conserver, détourner ou exagérer. La Superstar se prête donc à la réinterprétation, mais sa reconnaissance repose toujours sur quelques éléments dessinés il y a plus d’un demi-siècle.
En 2026, Adidas continue aussi de mettre en scène cette histoire à travers le cinéma, la musique et la mode. Le 26 février, la marque dévoile une campagne réalisée par le Français Thibaut Grevet, dans un décor baptisé Hotel Superstar. Samuel L. Jackson traverse les couloirs d’un hôtel imaginaire à la recherche de ses chaussures. Derrière les portes apparaissent notamment JENNIE, Kendall Jenner, Lamine Yamal, Baby Keem, Olivia Dean et Tyshawn Jones. Le film rassemble volontairement des personnalités issues de générations et de disciplines différentes. Il cherche à présenter la Superstar comme un objet capable de circuler entre tous ces univers. Mais le contraste avec l’histoire de Run-DMC reste frappant : en 1986, les musiciens avaient d’abord adopté la chaussure avant qu’Adidas ne construise un partenariat avec eux. Quarante ans plus tard, la marque organise elle-même cette rencontre entre la basket, les artistes et le public.
adidas : Superstar – Prix indicatif : 120 euros – Site officiel
Sources
- Adidas — Adidas Superstar: How an Icon Was Born — 27 février 2020.
- Adidas — L’histoire d’adidas Basketball : les origines de la collection 2023 — Date non indiquée.
- Smithsonian — Run-DMC Superstar 80s Sneakers — Date de publication non indiquée.
- Guinness World Records — First non-sporting sneaker endorsement — Date non indiquée.
- Prada Group — Prada for Adidas Limited Edition — 25 novembre 2019.
- Adidas News — Adidas Originals and SP5DER Launch Global Collaboration with a First-ever, SP5DER Superstar Supermodified — 24 février 2026.
- Adidas News — Adidas Originals Presents The Next Chapter of The Original Icon: SUPERSTAR — 26 février 2026.
- Sneaker News — The adidas Superstar Roster Is Stacked For 2026 — 26 février 2026.




















