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U2, The Joshua Tree : un album entre foi, violence et horizon américain

Cocktail au pamplemousse inspiré de The Joshua Tree de U2 devant une route désertique

Sorti le 9 mars 1987, The Joshua Tree donne à U2 l’espace d’un disque américain, enregistré à Dublin avec Brian Eno et Daniel Lanois. Les guitares ouvrent des horizons ; les chansons y placent le doute, la violence et la foi. Pour prolonger cette écoute, un cocktail original part de la fraîcheur du pamplemousse et laisse venir une amertume moins facile à boire.

U2 : The Joshua Tree, l’horizon depuis Dublin

The Joshua Tree commence avant que Bono ne chante. « Where the Streets Have No Name » avance par nappes, puis la batterie et la guitare dessinent peu à peu une route. The Edge répète quelques notes, les laisse se heurter à leur écho. La voix arrive dans un espace déjà immense. Ce son donne envie de regarder loin, même depuis une pièce fermée. L’album a pourtant été enregistré à Dublin, loin des paysages arides associés à sa pochette. Cette distance compte : U2 observe l’Amérique, en emprunte des sons et des images, sans prétendre parler depuis son centre.

Brian Eno et Daniel Lanois produisent un disque où chaque son semble avoir de la place pour durer. La batterie de Larry Mullen Jr. peut porter un morceau entier sans le remplir. La basse d’Adam Clayton garde les chansons au sol quand la guitare s’éloigne. Sur « With or Without You », quelques notes reviennent avec une patience presque gênante. Le morceau monte, mais ne délivre jamais vraiment la tension qu’il entretient. « I Still Haven’t Found What I’m Looking For » prend, lui, une couleur gospel. Son titre dit déjà ce qui résiste à l’élan collectif : la recherche continue après le refrain. La foi traverse l’album, mais elle n’y règle rien.

La photographie d’Anton Corbijn installe U2 dans le désert, en noir et blanc, face à une étendue qui dépasse le groupe. Il serait facile de s’arrêter à cette image de liberté. Le disque, lui, refuse de rester longtemps sur la route. « Bullet the Blue Sky » casse l’élan avec sa guitare lourde et sa batterie insistante. Bono y fait entrer la peur, l’argent et les avions de combat. Son voyage au Salvador a nourri cette chanson. L’Amérique des grands espaces côtoie alors celle de la puissance militaire. Le changement est brutal, et c’est lui qui empêche The Joshua Tree de devenir une simple carte postale.

Route aride et arbre isolé évoquant les paysages de The Joshua Tree Titre : The Joshua Tree — route et horizon
Dans The Joshua Tree, l’espace sonore attire autant qu’il inquiète. – @GOOD timing

Quand la route mène au stade

L’ordre des morceaux participe à ce déplacement. Après ses trois chansons d’ouverture, immédiatement reconnaissables, The Joshua Tree devient plus rude. « Running to Stand Still » ralentit jusqu’à donner l’impression d’un mouvement impossible. « Exit » serre le son, laisse monter une inquiétude moins facile à chanter en chœur. Enfin, « Mothers of the Disappeared » ferme l’album sur les disparitions forcées en Amérique latine. Le titre ramène des vies absentes dans un disque devenu mondial. Le silence autour des voix y pèse autant que les instruments. La route, à cet endroit, ne promet plus de départ.

Le succès modifie pourtant la façon dont ces chansons sont entendues. The Joshua Tree devient le premier album de U2 à atteindre la première place des ventes aux États-Unis. « With or Without You » et « I Still Haven’t Found What I’m Looking For » gagnent à leur tour les classements. Le clip de « Where the Streets Have No Name », tourné sur le toit d’un magasin à Los Angeles, donne un visage public à cette expansion. Une chanson née d’un désir d’échapper aux frontières de la ville se retrouve au milieu de la ville. Les concerts passent des salles aux stades, où les refrains changent de taille. En 1988, The Joshua Tree reçoit le Grammy de l’album de l’année. Rien de cela n’efface les morceaux plus sombres ; leur présence devient simplement plus étrange au milieu du triomphe.

C’est peut-être là que le disque tient encore. Ses premiers titres supportent la foule, les grands écrans et les voix qui couvrent celle de Bono. Les derniers réclament une autre attention, presque un retour à la pièce fermée. « In God’s Country » porte l’Amérique jusque dans son titre, mais ne la rend pas plus simple. Le gospel de « I Still Haven’t Found What I’m Looking For » élève la voix sans annoncer de réponse. La pochette montre un lieu sec ; l’enregistrement, lui, laisse beaucoup d’air circuler. Il fallait un verre capable de commencer par cette ouverture. Puis de rappeler, au fond de la bouche, ce que le paysage dissimule.

Paysage désertique en noir et blanc avec une route et un arbre isolé, conçu pour accompagner l’analyse de l’album de U2.
U2 pose dans un paysage aride qui rappelle l’univers visuel de The Joshua Tree. – @Anton Corbijn

Un verre pour la lumière et l’amertume

Le cocktail s’appelle Line of flight. Il arrive clair, légèrement rosé, dans un verre haut rempli de glaçons. Le pamplemousse donne une première impression fraîche et large. La tequila blanche apporte une chaleur nette, sans goût de sirop ou de dessert. Un peu de citron vert resserre le tout, comme la basse quand la guitare prend trop d’espace. L’agave adoucit le départ sans installer le confort. Le bitter italien attend quelques secondes avant de se faire sentir. Il reste ensuite sur la langue, au moment où l’on croyait le verre facile.

Pour le préparer, verser 45 ml de tequila blanche, 30 ml de jus de pamplemousse rose, 15 ml de jus de citron vert, 10 ml de bitter italien et 5 ml de sirop d’agave dans un shaker rempli de glace. Frapper brièvement, puis filtrer dans un verre haut sur de nouveaux glaçons. Ajouter 40 ml d’eau gazeuse et remuer une seule fois. Presser au-dessus du verre un morceau de zeste de pamplemousse, puis le laisser tomber dedans. Le geste libère une odeur vive avant la première gorgée. Les bulles ouvrent le mélange ; elles ne chassent pas l’amertume. Le verre doit rester froid, sans être bu trop vite. Sa chaleur vient après, quand le pamplemousse a déjà fait croire au rafraîchissement.

Le poser près de la platine au début de « Where the Streets Have No Name ». La première gorgée peut attendre que la batterie entre. Revenir au verre pendant « With or Without You », quand la douceur commence à tourner en rond. Plus tard, « Bullet the Blue Sky » change le goût du bitter sans que la recette ait bougé. Garder quelques centilitres pour la fin de l’album. « Mothers of the Disappeared » ne réclame aucun effet de bar, juste un peu de silence. Il reste alors de la glace, une trace d’agrume et une amertume tenace. Le disque s’arrête ; la route demeure ouverte, mais elle n’a plus l’air vide.


Sources :