La nouvelle adaptation de Raison et sentiments, réalisée par Georgia Oakley, sort en France le 23 septembre 2026. Daisy Edgar-Jones et Esmé Creed-Miles incarnent les sœurs Dashwood. Avec les costumes de Grace Snell, le film de Jane Austen cherche une voie entre fidélité historique, vérité sociale et garde-robe trop bien repassée.
Jane Austen sans la vitrine du musée
Raison et sentiments revient au cinéma trente et un ans après le film d’Ang Lee. Cette nouvelle adaptation est réalisée par Georgia Oakley sur un scénario de Diana Reid. Daisy Edgar-Jones interprète Elinor Dashwood. Esmé Creed-Miles joue sa sœur Marianne. Caitríona Balfe incarne leur mère, tandis que George MacKay reprend le rôle d’Edward Ferrars. Le récit reste celui d’une famille privée de son héritage après la mort du père. Les quatre femmes doivent quitter Norland Park pour une maison plus modeste. Dans ce monde, perdre sa fortune signifie aussi changer de décor, de tissu et de silhouette.
Georgia Oakley ne voulait pas d’une époque entièrement propre, lisse et soigneusement poudrée. Elle dit se méfier de la fascination un peu automatique pour les coiffures interminables et les intérieurs toujours impeccables. Le costume doit donc porter les traces de la vie. Les robes bougent, se froissent et reviennent d’une scène à l’autre. Les corps peuvent paraître moins tenus lorsqu’ils échappent au regard social. La nature, les maisons humides et les vêtements déjà portés remplacent une partie de la belle image patrimoniale. Parmi les références visuelles discutées par l’équipe figurent Loin de la foule déchaînée, Portrait de la jeune fille en feu et Godland. Pas exactement une réunion autour d’une tasse en porcelaine.

Les costumes de « Raison et sentiments » racontent la chute sociale
Le travail de Grace Snell repose d’abord sur la répétition. Plusieurs vêtements des sœurs Dashwood sont portés à différentes reprises et légèrement transformés. Daisy Edgar-Jones a expliqué que certaines pièces apparaissaient dans plusieurs combinaisons au cours du film. Ce détail traduit directement la situation financière de la famille. Elinor et Marianne ne disposent pas d’un vestiaire neuf pour chaque visite, promenade ou déconvenue sentimentale. Elles réutilisent ce qu’elles possèdent. Certaines étoffes ont également été teintes à la main avec des baies de sureau. Les costumes ne pouvaient donc pas toujours être lavés normalement, ce que la chaleur du tournage a rendu assez concret pour les interprètes.
Cette économie du vêtement donne au film son principal argument visuel. Les tailles hautes, les bonnets, les manteaux de velours et les manchons brodés situent bien l’action dans l’Angleterre de la Régence. Mais les couleurs et les textures doivent surtout indiquer le tempérament et la position sociale de chaque personnage. Elinor contrôle ses gestes comme ses émotions. Ses vêtements accompagnent cette retenue sans la transformer en meuble sombre. Marianne occupe le monde avec davantage d’élan, de musique et de désordre. Les deux sœurs partagent pourtant certaines pièces et la même précarité. Le costume distingue leurs caractères tout en rappelant qu’elles restent enfermées dans la même situation matérielle.
Le vêtement traduit aussi les règles qui organisent les relations. Une robe permet d’être reçue, observée puis jugée avant même qu’une conversation commence. Un manteau bien coupé signale une sécurité que les Dashwood ne possèdent plus. Une étoffe délicate peut trahir un ancien niveau de vie devenu difficile à entretenir. Les hommes disposent de revenus, de propriétés et d’une mobilité plus large. Les femmes, elles, doivent rendre leur avenir lisible sans paraître trop pressées de le garantir. La garde-robe devient ainsi un espace de négociation. Elle protège le corps tout en exposant son statut. Chez Jane Austen, même le silence possède apparemment un code vestimentaire.

De la version d’Ang Lee à celle de Georgia Oakley
Le film d’Ang Lee, sorti en 1995, reste la comparaison inévitable. Jenny Beavan et John Bright avaient conçu des costumes attentifs au rang et à la fortune de chaque personnage. Emma Thompson composait une Elinor solide, contenue dans des silhouettes précises. Kate Winslet donnait à Marianne une allure plus ouverte et plus romanesque. La campagne humide, les manteaux, les robes claires et les intérieurs sombres participaient déjà au récit. La série de la BBC diffusée en 2008 poursuivait cette lecture avec des costumes signés Michele Clapton. La costumière défend depuis longtemps une règle simple : un vêtement doit servir le parcours du personnage. Un beau costume sans rapport avec l’histoire reste un beau costume inutile.
La version de Georgia Oakley ne semble donc pas vouloir dynamiter Jane Austen à coups d’anachronismes décoratifs. Son geste paraît plus discret. Il consiste à rapprocher les vêtements des corps et de leurs contraintes matérielles. La modernité ne vient pas d’une robe arbitrairement spectaculaire. Elle apparaît dans l’usure, le réemploi et la différence entre l’image publique et la vie domestique. Grace Snell traite le costume comme un élément actif du scénario. Le résultat devra encore être jugé sur l’ensemble du film après sa sortie française. Mais les premières images évitent déjà le piège du patrimoine sous cellophane. La naphtaline peut rester dans l’armoire.

Raison et sentiments de Georgia Oakley avec Daisy Edgar-Jones et Esmé Creed-Miles – Sortie le 26 septembre 2026
Sources :
- AlloCiné — Fiche du film Raison et sentiments, consultée le 9 septembre 2026.
Raison et sentiments – Film 2026 - Entertainment Weekly — Entretien avec Daisy Edgar-Jones, 1er septembre 2026.
Daisy Edgar-Jones previews Sense and Sensibility - Vogue — Premières images et entretien avec Georgia Oakley, 24 juin 2026.
A First Look at Sense and Sensibility - Fashion & Cinema — Présentation du travail de Grace Snell, consultée le 9 septembre 2026.
Sense and Sensibility with Grace Snell - Victoria and Albert Museum — Présentation de la rencontre avec Grace Snell, 25 septembre 2026.
Costuming Sense and Sensibility




















