Sorti le 10 avril 2026 chez Rough Trade, My New Band Believe est le premier album du projet mené par Cameron Picton après la fin de black midi. Le disque, presque entièrement acoustique, avance avec des cordes, des guitares nylon, des chœurs et une logique de collage très tenue. Un ex-membre d’un groupe devenu central dans le rock anglais récent revient avec un album de 38 minutes, huit titres, et une autre manière de remplir l’espace. Pas plus sage. Juste déplacée.
Une matière claire, mais pas tranquille
Le premier effet de My New Band Believe est simple. Le disque sonne sec. Presque nu. Pas vide, surtout pas. Les instruments laissent de l’air, mais cet air est occupé. Une guitare acoustique pose un motif. Des cordes glissent dessous. Un chœur arrive sans prévenir. Puis tout se retire. Le morceau suivant repart ailleurs, comme si personne n’avait jugé utile de prévenir. Rough Trade et Bandcamp décrivent un album presque entièrement acoustique, avec très peu de réverbération et d’effets électroniques. C’est exact, et ce n’est pas un détail. Cela change la façon dont chaque geste frappe l’oreille.
Cette clarté ne produit pourtant rien de docile. Les chansons restent nerveuses. Elles avancent par angles, par replis, par petites secousses. L’ouverture, “Target Practice”, dure à peine plus de deux minutes. “Heart of Darkness” et “Actress” dépassent les huit. Le disque joue donc très bien à paraître concis tout en gardant des couloirs assez longs pour s’y perdre. C’est une vieille ruse. Elle fonctionne encore. Pitchfork parle de mélodies baroques, d’arrangements de chambre et de textes qui refusent la ligne droite. Le mot juste est peut-être là: refus. L’album ne cherche pas à tout rendre lisible au premier passage. Il préfère laisser les portes entrouvertes.
Cameron Picton au centre, mais avec du monde autour
Sur le papier, c’est un premier album de groupe. Dans les faits, c’est un projet très fortement organisé autour de Cameron Picton. Bandcamp le présente comme l’auteur qui donne la direction. Rough Trade parle d’un disque guidé par un narrateur instable mais charismatique. Clunk rappelle que Picton ne voulait ni refaire exactement un groupe, ni simplement empiler des chansons solo. Le nom lui-même garde cette ambiguïté. C’est un collectif, mais à géométrie décidée. Un collectif sous surveillance douce, disons.
Le contexte de fabrication est plus parlant encore. Pitchfork indique 29 jours d’enregistrement, 11 studios, 22 musiciens, 21 chanteurs et 9 ingénieurs. Les chiffres ont quelque chose d’un inventaire obstiné, presque administratif. Comme les titres avaient été déposés tamponnés, puis transmis au service suivant. On comprend pourtant ce qu’ils racontent. Picton construit une musique mouvante, avec une distribution large, sans noyau fixe autre que son écriture et sa manière d’assembler les pièces. Metacritic précise aussi que le disque a été produit par Jasper Llewellyn et Mike O’Malley, tous deux liés à caroline. On entend cette méthode. Les morceaux semblent écrits au cordeau, puis volontairement laissés respirer sur les bords.
Le disque tient par ses tensions, pas par ses explications
Ce que l’album réussit le mieux, c’est sa double tenue. D’un côté, il a des matières très fines. Des cordes, du bois, une voix qui n’écrase rien. De l’autre, il garde une manière d’attaquer les chansons par l’instabilité. The Guardian insiste sur cette bascule: l’ancien chaos de black midi n’a pas disparu, il a changé de vêtement. Il y a moins de fracas frontal, plus de torsion interne. Le morceau peut sembler tendre, puis bifurquer. Il peut sembler domestique, puis se charger d’une menace mal rangée. Pitchfork remarque cela dans “Love Story”, qui part d’un quotidien très banal avant de faire tomber un objet venu d’ailleurs dans la scène. Le disque n’explique pas. Il déplace. Ce n’est pas exactement une prise de risque neuve. C’est mieux que ça: une méthode tenue jusqu’au bout.
Le revers existe aussi. À force de préférer l’allusion au récit, l’album peut tenir l’auditeur à distance. Certaines chansons fascinent davantage qu’elles n’ouvrent vraiment. Le chant de Picton, fin, parfois spectral, n’aide pas toujours à l’ancrage. Il attire moins par la chaleur que par la trajectoire. C’est un centre de gravité, pas un canapé. Même quand le disque donne l’impression de se livrer, il retire aussitôt un pan du décor. Cette manière de rester dans l’entre-deux fait beaucoup pour son charme. Elle peut aussi produire une légère frustration. On a connu des albums plus pressés d’être aimés. Celui-ci remplit correctement une autre fonction. Il laisse du travail à faire.
Une place déjà visible dans le printemps 2026
La réception, pour l’instant, est nette. Metacritic affiche un score de 86 à partir des premières critiques recensées. Pitchfork lui a donné son label “Best New Album”. Le disque figure aussi dans les sélections hebdomadaires des sorties à écouter, puis dans la liste du meilleur de 2026 à ce stade. Pour un premier album signé par un projet neuf, même porté par un nom déjà connu, ce n’est pas rien. Cela dit quelque chose de la vitesse à laquelle le disque a trouvé sa place. Sans vacarme de lancement disproportionné. Sans grande démonstration musculaire non plus. Le disque entre, s’assoit, et l’on comprend assez vite qu’il va rester un moment.
Sa place dans le parcours de Cameron Picton est plus intéressante encore. Après black midi, il aurait pu rejouer le rôle attendu. Remettre de l’électricité partout. Conserver les réflexes. Remettre les meubles là où le public les avait laissés. Il choisit l’inverse, mais pas le retrait. Clunk rapporte qu’il cherchait une autre façon de faire durer le son acoustiquement, sans s’en remettre aux effets électriques. Voilà sans doute le vrai sujet de cet album. Non pas tourner la page avec emphase, mais réorganiser la pression. My New Band Believe circule ainsi comme un disque d’après, sans posture d’après. Il garde dans ses chansons un peu de théâtre, un peu de trouble, un peu de poussière lumineuse. Et cette impression rare que l’espace, ici, a été travaillé à la main.
My New Band Believe : My New Band Believe (New Band Believe / Rought trade) – Sortie le 10 avril 2026
En concert le 19 octobre 2026 au Point Éphémère (Paris) – Site officiel
Sources :
- Pitchfork – My New Band Believe: My New Band Believe – 2026
- Pitchfork – 10 New Albums You Should Listen to Now: My New Band Believe, Mei Semones, Lone, and More – 2026
- The Guardian – My New Band Believe review – beautiful ideas burst from ex-Black Midi man’s lovable debut album – 2026
- Rough Trade – My New Band Believe – 2026
- Bandcamp – My New Band Believe – 2026
- Clunk Magazine – Cameron Picton On My New Band Believe, The End Of black midi, And Filling Space Acoustically – 2026
- Metacritic – My New Band Believe – 2026






