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Jean Paul Gaultier, premier tir pour Duran Lantink

Jean Paul Gaultier a dévoilé fin mars 2026 la première campagne de Duran Lantink pour la maison. Elle accompagne “Junior”, sa collection prêt-à-porter printemps-été 2026, et installe d’emblée un ton net : corps exposé, codes Gaultier déplacés, images très construites. La campagne est photographiée par Inez et Vinoodh et stylée par Jodie Barnes.

Motifs, matières, objets : un premier chapitre qui serre le corps de près

Le point d’actualité est simple. Cette campagne est la première signée par Duran Lantink depuis sa nomination comme directeur de création permanent de Jean Paul Gaultier en avril 2025. La maison avait alors annoncé son retour durable au prêt-à-porter sous sa direction, avec une première collection prévue à Paris en septembre 2025 pour le printemps-été 2026. C’est cette collection, “Junior”, qui sert aujourd’hui de base visuelle à la campagne. Le nom n’est pas anodin chez Gaultier, mais ici il revient comme un nouveau départ plus que comme un clin d’œil patrimonial appuyé. La maison parle d’un “new heartbeat” et d’un “new starting point”. La formule est officielle. Pour une fois, elle dit exactement ce qu’il faut comprendre : on n’est pas dans la restauration de musée.

Sur les vêtements, Lantink reprend des signes très identifiables et les pousse vers une silhouette plus instable. Les sources croisées reviennent sur les rayures marinière, les tatouages imprimés, les découpes risquées, les volumes gonflés et l’obsession du corps comme surface de vêtement. Vogue France décrivait dès le défilé une combinaison-bustier mandarine aux bonnets-missiles, des chaps en couleurs primaires, un bikini à cercles concentriques, ainsi qu’un trench coupé en deux porté avec sa jupe crayon. Fashionista notait de son côté les catsuits intégrals, les silhouettes sans pantalon et les imprimés qui déplacent l’érotisme du vêtement vers l’image elle-même. La page officielle de la collection confirme plusieurs objets pivots : Blue Target Dress, Blue Target Top, Blue Target Mini Skirt, Blue Target Bra, mais aussi des Curved Denim Jeans, des playsuits bicolores ou tricolores, un sarong à pois et des robes longues à motif spiralé. Le vocabulaire est direct. Cibles, spirales, courbes, gaines, peau. Gaultier n’a jamais vraiment quitté ce terrain ; Lantink, lui, évite au moins de faire semblant de l’ignorer.

La campagne, elle, resserre ce langage au lieu de le diluer. Les crédits sont précis : Inez et Vinoodh à l’image, Jodie Barnes au styling, Jop Van Bennekom à la direction artistique, avec Leon Dame, Signe Michaelsson, Emaan Zishan et Marte Mei van Haaster au casting principal. Dazed y voit le “next visual chapter” de la maison. C’est juste. On n’a pas besoin d’en faire une épopée. Le casting aide à comprendre l’axe : des corps très typés, très tenus, presque graphiques, loin de la neutralité polie qu’adorent les campagnes qui veulent surtout ne vexer personne. Ici, l’image doit accrocher, parfois insister, parfois déranger un peu. Chez Gaultier, c’est juste le service minimum.

Quand, où, comment porter : la collection pense déjà en situations

Le plus intéressant, dans “Junior”, est peut-être sa capacité à sortir du podium sans devenir sage. Les pièces “target” et les robes spiralées appellent des moments très précis : un dîner, un vernissage, une nuit d’été, un événement où l’on accepte d’être vu avant même d’être salué. Les playsuits et les pièces de plage, eux, déplacent cette tension vers le jour, le voyage, le bord de mer, le rooftop, bref des contextes où le vêtement peut rester frontal sans paraître costumé. C’est une lecture déduite des catégories officielles de la collection : robes, tops, shorts, beachwear, accessoires, et de la manière dont les motifs fonctionnent sur le corps. Le bon réflexe, ici, n’est pas la surcharge. Une pièce forte suffit : la robe-cible, le bustier spiralé, le denim courbé. Le reste doit laisser passer, sinon le vêtement tourne vite à la démonstration.

Il y a aussi une logique de port plus sèche, presque urbaine. Le trench coupé, la jupe crayon, les jeans courbés ou certains tops plus près du corps permettent un usage de ville, mais pas une ville distraite. On imagine assez bien ces pièces en journée, avec des chaussures simples, une veste sobre, presque rien autour. Gaultier a toujours aimé les silhouettes qui posent une question avant de donner une réponse. Lantink garde ce principe, mais il le pousse vers quelque chose de plus nerveux, parfois plus cru, souvent plus immédiat. La campagne sert précisément à ça : montrer que cette première collection ne repose pas seulement sur le choc du défilé d’octobre 2025 au Musée du quai Branly à Paris, mais sur une grammaire visuelle déjà exploitable. Ce n’est pas encore une garde-robe tranquille. Ce n’est visiblement pas le but. C’est une garde-robe qui veut entrer dans la pièce avant vous.

Au fond, cette première campagne fait exactement ce qu’elle devait faire. Elle confirme les auteurs de l’image, réinstalle la maison dans le rythme du prêt-à-porter et fixe quelques repères simples autour de “Junior” : corps, découpe, motif, tension graphique. Pas besoin d’ajouter une grande théorie. Les vêtements s’en chargent déjà, parfois avec lourdeur, parfois avec précision, souvent avec les deux. C’est aussi ce qui rend cette entrée en matière regardable. Chez Jean Paul Gaultier, la mesure parfaite n’a jamais été une obligation contractuelle.


Jean Paul Gaultier : Site officiel