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Lila Moss : marcher après Kate

Elle arrive souvent avec un détail qui dérange la photo parfaite. Un patch, un boîtier, un objet médical posé là où la mode préfère le flou. Lila Moss avance dans un milieu qui adore les histoires de lignées, mais elle force le récit à parler d’autre chose que du nom de famille.

Le nom sur l’invitation, le corps dans le cadre

Londres, Fashion Week, un front row bien rangé : trench, talons, flashs. À côté de Lila MossKate Moss, et tout le monde fait semblant de ne pas compter les similitudes, puis tout le monde compte quand même. Les magazines racontent le duo comme un clin d’œil aux années 90, ce qui évite de dire l’essentiel : sa fille est désormais un personnage à part entière dans la procession. Elle a l’air calme, presque distante, comme si l’événement était un couloir à traverser plutôt qu’un trophée. Le public, lui, aime les scènes mère-fille parce qu’elles rassurent : la mode se transmettrait comme un manteau. Sauf qu’ici, ce manteau pèse, et on le voit dans la manière dont elle s’installe, sans grand geste, sans théâtre. Ce qui frappe, c’est la normalité travaillée : être là, au bon endroit, avec l’éclairage qui gomme tout, et pourtant garder une aspérité.

Elle a commencé tôt, évidemment, mais “évidemment” est un mot piégé. En 2018, Marc Jacobs la choisit comme visage beauté, et les articles écrivent la nouvelle comme un passage de relais, propre, sans bavure. Dans la foulée, Vogue France note qu’elle signe à la Kate Moss Agency, ce qui règle la question logistique : elle a une porte d’entrée, et même le trousseau. Le décor est planté : la filiation, l’agence, la photo Instagram, la petite musique du “tout est déjà écrit”. Sauf que la suite n’est pas un tapis roulant, plutôt une série de tests grandeur nature. Quand elle apparaît sur les grands rendez-vous, on la regarde d’abord comme une référence vivante, puis on attend la faille ou la preuve. Elle tient, elle apprend, elle s’endurcit à l’œil nu, et c’est moins romanesque que prévu. La mode adore les prodiges, mais elle respecte aussi les silhouettes qui reviennent, saison après saison, sans raisons d’être là.

Les défilés comme tests de réalité

Octobre 2020 : sa première vraie bascule publique passe par Miu Miu, en plein Paris. W Magazine raconte l’apparition comme une surprise de casting, et c’est exactement ça : la mode aime les entrées qui ressemblent à un coup de théâtre. Sur un podium, on ne lui demande pas une histoire, on lui demande une tenue et un tempo. Elle marche, elle sort du statut de “fille de” pour entrer dans celui, plus cruel, de “corps évalué”. La presse note le moment parce qu’il officialise quelque chose : elle n’est plus une curiosité d’Instagram, elle devient une professionnelle qu’on recase dans des shows. C’est un monde où la nouveauté doit immédiatement prouver qu’elle sait se répéter. Et elle s’insère dans ce rythme-là, sans excès de déclarations, sans campagne de grands sentiments. L’ironie, c’est que la mode vend l’individualité, mais récompense surtout la capacité à tenir la cadence.

Janvier 2021, Fendi haute couture : Kim Jones fait ses débuts et convoque un casting de visages déjà légendaires, plus une apparition mère-fille qui fait cliquer. Vogue France situe la scène au Palais Brongniart, et la mise en scène est claire : on s’offre l’héritage comme décor, on fabrique le symbole en direct. The Guardian ajoute un détail révélateur sur l’arrière-boutique : Kate Moss est aussi consultante accessoires chez Fendi, ce qui rappelle que dans ce milieu, les statuts se superposent facilement. Pour Lila, l’enjeu est simple et brutal : ne pas être un gimmick dans un tableau de prestige. Elle traverse ce tableau avec une précision presque sage, comme si elle refusait la tentation du clin d’œil. Là encore, le contraste est là : glamour maximal, et pourtant une sensation de travail, de consigne, de répétition en coulisses. La couture adore les mythes, mais elle n’accorde rien gratuitement aux corps nouveaux. Et c’est dans cette tension que Lila Moss gagne son espace, petit à petit, sans grand discours.

Le détail qui casse l’image parfaite

Septembre 2021, Milan, Fendi x Versace : la photo tourne parce qu’un objet refuse de disparaître. Plusieurs médias racontent le moment où son dispositif d’insuline apparaît sur la cuisse, non caché, non “stylisé” pour la forme. On peut y voir un geste, on peut y voir une évidence, mais la réaction du public dit surtout à quel point la mode vit d’effacement. Un podium est fait pour lisser, pour raconter un corps sans frictions, et voilà qu’un boîtier rappelle que le corps a ses contraintes. Harper’s Bazaar souligne l’exposition du capteur dans une campagne Versace–Fendi, et l’image devient presque un communiqué sans slogan. Lila Moss, elle, ne joue pas la militante en robe de soirée : elle laisse le détail exister, ce qui est plus dérangeant. Dans l’économie du regard, c’est une petite rupture, donc une grande nouvelle. Et l’ironie légère, c’est que le “réel” fait vendre des articles parce qu’il contredit la fiction de perfection. On applaudit le naturel, mais on le traite comme une exception.

En 2022, British Vogue la met en couverture et publie une interview où elle parle concrètement de son diabète et de ce qu’elle garde dans son sac. Là, le glamour se frotte au quotidien : comprimés de sucre, matériel, routine, le kit qui accompagne partout. Ce n’est pas une confession, plutôt une description, et ça tombe bien : la mode comprend mieux les objets que les grandes idées. Les textes insistent sur le fait que la maladie “ne se voit pas”, formule classique, mais l’intérêt est ailleurs : elle choisit précisément de la rendre visible quand le cadre l’autorise. En 2025, Vogue UK raconte aussi l’épisode de la Barbie associée au diabète de type 1, où elle devient un modèle au sens littéral, en plastique et accessoires. Ça a l’air léger, presque enfantin, et pourtant le geste est très mode : fabriquer une silhouette standard qui admet enfin un appareillage. Entre le podium et la poupée, c’est la même bataille de surface : ce qu’on montre, ce qu’on cache, ce qu’on tolère dans l’image. Elle continue, au milieu des campagnes et des invitations, avec ce rappel discret que l’esthétique n’annule pas la physiologie. Et ça laisse une question simple : dans un milieu obsédé par le contrôle, qui décide vraiment de ce qui “fait tache” ?


Sources

PeopleKate and Lila Moss Have Stylish Mother-Daughter Date at Burberry’s London Fashion Week Show
InStyleKate Moss and Lookalike Daughter Lila, 23, Twin in ’90s Cool-Girl Staples for Fashion Week Outing
W MagazineLila Moss Made Her Runway Debut at Miu Miu
Vogue FranceKate Moss et sa fille Lila Grace, Naomi Campbell… L’incroyable casting du défilé Fendi haute couture
The GuardianKim Jones Fendi show: Kate Moss and daughter Lila Grace on catwalk
Harper’s BazaarKate Moss’s Daughter, Lila, Poses with Her Glucose Monitor in a Versace–Fendi Campaign
British VogueLila Moss Interview: British Vogue
Vogue UKLila Moss On Becoming The First Barbie Doll With Diabetes
Vogue FranceLila Moss, la fille de Kate Moss, se lance dans le mannequinat
WWDKate Moss’ Daughter Lila Moss Makes Modeling Debut for Marc Jacobs Beauty