Art Rock 2026 revient les 22, 23 et 24 mai à Saint-Brieuc avec une idée simple et assez rare pour être soulignée : faire d’un centre-ville un instrument, pas un décor. Une dizaine de lieux, près de 70 propositions, et ce week-end de Pentecôte où l’on passe d’une scène à l’autre comme on change de rythme — sans que la ville ne se contente d’héberger, mais qu’elle participe.
Une Grande Scène ample, des nuits qui déplacent l’écoute
Sur la Grande Scène de Art Rock, le festival assume une programmation lisible, fédératrice, qui sait faire cohabiter des générations et des usages. De La Soul y apparaît comme un point de gravité, annoncé pour une date unique dans l’Ouest, tandis que le retour du rock se décline par blocs complémentaires : The Kooks et Babyshambles côté anglais, Last Train côté français. À côté, Véronique Sanson installe une mémoire commune, celle d’un répertoire que beaucoup connaissent sans toujours l’avoir vu se rejouer en plein air.
La pop, elle, se présente comme un terrain de nuances plutôt qu’une couleur unique : disiz entre électro et rap, Sébastien Tellier dans un registre plus doux, Suzane avec ses hymnes engagés. Gaëtan Roussel, “habitué du festival”, revient dans ce rôle particulier : artiste-repère, presque local d’adoption, qui transforme la fidélité en rendez-vous. Les soirées s’ouvrent avec Marguerite, Miki, Bertrand Belin : un choix d’architecture autant que de goût, qui donne aux “pépites” un vrai moment d’attention, avant la montée en puissance.
Quand la nuit tombe, Art Rock change de régime et c’est là que la programmation respire autrement : Thylacine et son show “lumineux et délicat”, Jen Cardini qui fait du dancefloor un espace de rassemblement, et Piche, annoncée en clôture, qui promet un final performatif et ouvert — moins une simple “fin” qu’un basculement vers autre chose.
Des scènes comme des cadrages : émergences, rock de salle, ville vivante
La Scène B, installée au pied de la cathédrale gothique, travaille l’émergence avec un sens du contraste qui fait souvent la force d’Art Rock. Sam Sauvage et Camille Yembe pour l’énergie pop-rock, Ino Casablanca et Danyl pour un rap aux sonorités orientales, Fishbach et sa pop 80s, Arma Jackson et Asfar Shamsi pour des flows plus tranchants. Les propositions de Gildaa et Clara Kimera, annoncées hybrides et inattendues, prolongent cette idée : ici, l’identité n’est pas un genre, mais une manière d’occuper la scène.
Le festival ouvre aussi une place nette à l’expérience collective : Fleuves mêle musique bretonne traditionnelle et influences électroniques, jazz, rock, dans une dynamique décrite comme proche de la transe. L’Attrapeur, entre techno et rap, promet une intensité plus abrasive ; Tallou, une soul émotive et enveloppante. Autrement dit : la Scène B ne sert pas de “petite scène”, elle sert de laboratoire public.
Le Forum, “chaudron rock”, assume la nuit comme un format. Model/Actriz, Lime Garden, Heartworms, Boko Yout, Baby Berserk, et côté français Arthur Fu Bandini, Max Baby, Jasmine Not Jafar, Bonne Nuit : une affiche pensée pour le club, pour les guitares et les audaces, pour ce moment où l’on écoute autrement parce qu’il est tard et que la salle rapproche.
Ça mange, ça discute aussi
Au cœur du dispositif, le Village fait tenir ensemble ce que beaucoup de festivals séparent : la musique “du quotidien” (Musiciens du Métro, talents bretons), la table (Rock’nToques et des plats annoncés à prix doux), la famille (un spectacle jeune public le samedi), la discussion (tables rondes le dimanche). La place de la Résistance devient un espace d’usages, pas seulement un passage.
Et puis il y a ce miroir, thème central de l’exposition À travers le miroir, réflexions autour de la réflexion, présentée au Musée du 19 au 31 mai, avec Douglas Gordon, Song Dong, Zanele Muholi, Iván Navarro, entre autres. Le festival parle d’un “miroir embellissant du réel” : on peut l’entendre surtout comme une invitation à regarder autrement, à se voir dans un cadre commun — artistes et festivalier·e·s “toutes origines, genres et générations confondus”. Art Rock, dans cette 43e édition, semble chercher moins un grand récit qu’un montage de présences : scènes, œuvres, corps, ville. Et c’est peut-être là sa réussite la plus fragile et la plus fertile : proposer un tourbillon où l’on se rassemble, tout en laissant à chacun la possibilité de n’y saisir qu’un éclat.
Festival Art Rock – du 22 au 24 mai 2026 – Saint-Brieuc – Site officiel







