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The Molotovs : Wasted On Youth, punk pressé, jeunesse comptée, colère polie

Sorti le 30 janvier 2026 chez Marshall Records, Wasted On Youth arrive avec une efficacité qui n’a rien d’innocent : 11 morceaux, 32 minutes, un format qui sait très bien ce que les plateformes récompensent et ce que les salles réclament.

The Molotovs, duo frère-sœur basé à Londres (Mathew et Issey Cartlidge), y mettent en scène une jeunesse au pas de charge : pas de “concept”, pas d’alibi. Juste une série de chansons courtes et/ou nerveuses, calibrées pour tenir sur scène autant que dans un fil d’écoute, avec cette politesse agressive que le punk britannique sait vendre depuis longtemps.

La porte claque, et tout le monde comprend pourquoi

Kerrang! résume la situation en une image de menuiserie : “Opener Get A Life kicks the door straight off its hinges.” – « L’ouverture, Get A Life, arrache la porte de ses gonds. »

Le début du disque fonctionne comme un communiqué sonore : guitares serrées, chant qui mord sans traîner, batterie qui ne laisse pas le temps d’installer une “ambiance”. Get A Life, Daydreaming, More More More : trois façons d’annoncer la même chose : on est jeunes, oui, mais pas au sens décoratif. Et si le groupe évoque The Jam, ce n’est pas seulement une histoire de nerf mod-punk ; c’est une manière d’insister sur la discipline, sur le refrain qui doit frapper juste, sur la chanson comme petite unité de conflit. Kerrang parle d’un disque qui “taps into punk rock’s restless spirit while giving it a sharp, modern lick” : autrement dit, l’inquiétude d’hier remise au propre pour aujourd’hui. Bien vu!

Le disque comme machine à concerts (et inversement)

Ce premier album traîne derrière lui une biographie performative : busking, tournée de petites salles, puis cette ascension racontée comme une preuve de mérite. State of Sound rappelle un buzz “hard won over six years of busking and gigging”, et insiste sur les centaines de concerts et l’éthique DIY née dans la rue.

C’est là que Wasted On Youth devient intéressant : non pas parce qu’il “réinvente” quoi que ce soit, mais parce qu’il montre comment la valeur se fabrique aujourd’hui à l’ancienne, tout en se distribuant à la moderne. Le live construit la légende, la légende attire les médias, les médias requalifient le groupe en “espoir”, et l’album vient enfin stabiliser ce que la scène a déjà vendu : une identité immédiatement lisible.

On entend ce système dans la manière dont les titres alternent propulsion et respiration. Come On Now allonge le pas (3:58, presque une luxuriance à l’échelle du disque), Nothing Keeps Her Away et la chanson-titre déplacent le centre de gravité vers quelque chose de plus mélancolique, mais sans jamais perdre l’obsession du hook. Même l’ordre des morceaux ressemble à un set : Geraldine et Newsflash font remonter la tension, Rhythm Of Yourself s’offre comme morceau “signature”, puis Popstar et Today’s Gonna Be Our Day referment avec cette idée très britannique de l’optimisme comme posture combative.

Jeunesse : marchandise, alibi, moteur

State of Sound formule le cœur du disque avec une phrase qui dit tout, sans fioriture : “Wherever you drop the needle, there is the bright energy of unalloyed youth, mixed in with righteous anger.” – « Où que vous posiez l’aiguille, il y a l’énergie lumineuse d’une jeunesse sans alliage, mêlée à une colère juste. »

Le titre Wasted On Youth pourrait sonner comme une plainte, une nostalgie prémâchée. Le groupe en fait plutôt un outil : la jeunesse n’est pas un âge, c’est un angle d’attaque. Elle sert à refuser les hiérarchies (“écoutez les gamins”), à regarder l’industrie sans révérence, et à transformer le slogan en mélodie assez solide pour survivre au commentaire. C’est aussi là que le disque se met en danger : quand l’argument “on est jeunes” devient un packaging, le punk se retrouve à vendre une innocence qu’il prétend contester. Le groupe marche sur cette ligne, parfois avec aplomb, parfois en frôlant le pastiche.

À la fin, Wasted On Youth laisse une sensation paradoxale : celle d’un groupe qui avance vite — parce qu’il a appris à courir avant même d’avoir “le droit” d’album — et d’un disque qui, lui, a déjà compris comment se faire aimer par l’époque. Entre sincérité d’élan et jeunesse transformée en argument, la tension reste ouverte… c’est peut-être sa manière la plus honnête de tenir debout.


The Molotovs : Wasted On Youth (Marshall Amplification Plc) – Sortie le 30 janvier 2026