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Paris Fashion Week 2026 : Saint Laurent, Giovanni sous dôme

Le 27 janvier 2026, Saint Laurent a ajouté un dernier épisode à la semaine homme parisienne déjà close : un défilé tenu hors calendrier, à la Bourse de Commerce, pour des raisons d’agenda du musée autant que par goût, chez Anthony Vaccarello, de la dissidence maîtrisée. La collection automne-hiver 2026-2027 part d’un livre, Giovanni’s Room de James Baldwin, et s’en sert comme d’un dispositif de coupe : s’habiller, se déshabiller, négocier la nudité et l’uniforme social. Le résultat, tel que l’ont décrit les critiques, est un Saint Laurent presque classique dans son exigence tailleur, mais rendu instable par une sensualité organisée, froide, frontale.

Le lieu, ou l’art de sortir du rang

Le Monde raconte la logique matérielle du choix : la Bourse de Commerce n’était disponible qu’après le démontage d’une exposition, d’où cette date tardive, deux jours après la fin officielle de la Paris Fashion Week Homme. Numéro y voit aussi la signature d’une méthode Anthony Vaccarello : revenir “une fois encore” sous le dôme de la Pinault Collection, quitte à déplacer la collection hors du rythme collectif, comme si Saint Laurent préférait l’événement précis à l’appartenance au calendrier. Et Vogue, dans un passage très révélateur, lit ce décor comme un contrepoint à une saison souvent tentée par le relâché : ici, pas de laisser-aller, mais une rigueur assumée, presque une provocation à contre-courant. Le Monde insiste aussi sur la dramaturgie interne du lieu : la marche circulaire sous un dôme monumental, une procession d’hommes isolés qui fait du musée une machine à fabriquer de la distance, donc du désir.

S’habiller, se déshabiller : la coupe comme scénario

Le pivot narratif est stable d’une source à l’autre : Baldwin, Giovanni’s Room, et l’idée d’un personnage pris entre convention et pulsion. Vogue précise que Vaccarello parle d’une tension interne, presque physique, et que cette contradiction devient littérale dans les looks : vestes structurées mais adoucies sur les côtés, un dessin légèrement sablier qui refuse l’opposition simple entre “viril” et “féminin”.

Numéro décrit une intimité mise en scène comme un moment banal, matin après la nuit : chemises ouvertes puis refermées, costumes portés sur peau nue, pyjama et manteau long pour brouiller la frontière entre intérieur et extérieur. Le Monde, de son côté, détaille les matériaux de cette noirceur contrôlée : costumes en crêpe de laine ou flanelle dans une gamme sombre, épaules un peu tombées, pantalon légèrement fuselé, mais aussi des intrusions qui “compliquent” l’image, du pyjama popeline bleu pâle sous un manteau de cuir glacé, un trench PVC raide, des associations volontairement dissonantes. Même l’accessoire devient syntaxe : chez Vogue, l’ascot en soie imprimée glisse, déborde, s’étale au fil du défilé, comme si la collection avançait en perdant un peu de tenue, mais une tenue chorégraphiée.

Le fétiche comme discipline

S’il fallait isoler le point où le show cesse d’être seulement “tailleur impeccable”, il tient dans cette friction entre classicisme et matière plastifiée. Le Monde parle de chaussettes vinyle très hautes ; Numéro, de shorts associés à des cuissardes latex brillantes ; Vogue, de bottes stretch en patent qui montent sur la cuisse, et de shorts au genou qui rendent l’ensemble plus dérangeant que “sexy” au sens facile.

The Impression, Business of Fashion et WWD s’accordent sur l’idée que Vaccarello continue d’utiliser le costume comme silhouette de subversion : non pas pour faire scandale, plutôt pour déplacer le centre de gravité de la masculinité Saint Laurent vers une zone queer, tenue, précise, sans “spectacle” tapageur. Au fond, Saint Laurent ne raconte pas une nuit : il raconte le moment exact où l’on remet sa chemise, et où ce geste, d’habitude neutre, redevient politique.