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Paris Fashion Week 2026 : Hermès, Slow down

Le 24 janvier 2026, au Palais Brongniart, Hermès clôt une époque à l’ancienne, c’est-à-dire sans grand discours mais avec une précision qui tient lieu d’éthique. Véronique Nichanian y présente son dernier défilé homme après près de quatre décennies, et la collection se regarde comme une façon de résister à l’accélération générale sans se réfugier dans la nostalgie. Tout se joue dans une tension très Hermès : la rigueur du vêtement comme promesse de durée, et le luxe comme une discipline du détail, pas comme une déclaration.

Le décor comme doctrine

Il y avait cette idée simple et presque cruelle : faire du défilé un dernier salut sans le transformer en monument. Les écrans qui projettent des images de ses bows passés, le public déjà debout, la circulation des téléphones et des applaudissements, composent une scénographie d’archive plus que de spectacle, comme si Hermès acceptait enfin que sa légende soit visible, à condition qu’elle reste un montage discret, un film à peine posé sur le présent.

Le lieu, lui, contredit cette modestie : Palais Brongniart, ancienne Bourse, volume historique et frontal. Wallpaper note que l’adresse, plus “dramatique” qu’à l’habitude, n’a pourtant pas changé l’allure de Véronique Nichanian : pas d’effets, pas de théâtre, l’insistance sur l’essayage, sur la sensation immédiate du vêtement quand il se pose sur le corps. Le Monde ajoute la densité d’un casting d’invités, où se croisent fidélités françaises et stars globales, symptôme d’une maison qui prétend se tenir à l’écart de la célébrité tout en sachant parfaitement l’aimanter.

La silhouette comme stratégie

On comprend la collection si l’on accepte qu’elle parle d’abord une langue : celle d’un vestiaire en mouvement, net, urbain, mais rendu souple par l’intelligence des matières. Vogue France insiste sur des pièces transformables, durables, pensées pour un “citadin nomade”, et repère ce qui, chez Hermès, fait office de signe : le col cheminée qui remplace l’écharpe, la peau lainée en parka, le bomber en cuir porté sur un pantalon à pinces impeccablement coupé.

La presse anglo-saxonne, elle, détaille le matériau comme argument. Reuters décrit des cols roulés en soie associés à des pantalons de cuir, dans une palette navy, noir, taupe, avec des manteaux renforcés de patchs de cuir et doublés de shearling ; et, comme ponctuation, des éclats jaune et orange. L’“effet croco” devient le point de fixation : un costume en crocodile (Reuters parle d’un crocodile kaki brillant) et, chez Vogue Runway, un dernier manteau en crocodile “miroir” choisi comme ultime look, presque une signature condensée en surface.

Il y a, surtout, ce geste rare chez Hermès : la citation explicite de soi. Vogue Runway liste des pièces “ressuscitées” de saisons antérieures — combinaison cuir 1991, blouson doublé shearling 2004, aviateur daim 2001, costume cuir à fines rayures 2003 — non comme clin d’œil, mais comme preuve matérielle d’une idée obsédante : la mode qui dure n’est pas un slogan, c’est une coupe qui traverse le temps. Même le sac façon valise sculpté comme un boombox (Vogue Runway) raconte ce rapport à l’époque : non pas la nostalgie, plutôt le plaisir de rebrancher un objet de mémoire sur un présent très contrôlé.

Le futur comme nostalgie polie

Ce qui traverse tous les comptes rendus, c’est moins l’émotion que la cohérence : une sortie qui ressemble à sa méthode. Reuters rappelle le passage de témoin à Grace Wales Bonner et situe le moment dans une Fashion Week plus “star-studded” que d’ordinaire pour une maison réputée peu friande de marketing tapageur ; Le Monde parle d’une “semi-départ”, Nichanian restant liée à l’univers masculin via la soie et le cuir. Et Vogue, au milieu du récit de collection, conserve une phrase qui tient lieu de testament : “Slow down.”

Dans une saison où beaucoup redécouvrent le tailoring comme refuge, Hermès n’a pas “relancé” le costume : il l’a rendu habitable, presque respirable, en déplaçant la valeur vers l’intérieur — la doublure, le geste, le revers “aussi beau que le front”, dit le report de la FHCM, qui résume la philosophie en formules de travail plutôt qu’en intentions. Et c’est là que le futur se joue, paradoxalement : non dans une innovation bruyante, mais dans la capacité à faire passer une idée de modernité par des matières anciennes, des archives réactivées, des couleurs utilisées comme ponctuation.

Ce dernier Hermès ne ferme pas une porte : il laisse entrouvert un rythme, comme si la maison rappelait que la vraie violence, aujourd’hui, n’est pas dans le noir ou le cuir, mais dans la vitesse.