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Paris Fashion Week 2026 : AMI, la répétition comme aveu

À force d’être qualifiée de “cool”, une marque finit par se retrouver face à un paradoxe très contemporain : comment rester identifiable sans devenir prévisible, comment durer sans se transformer en esthétique d’algorithme. Pour son Automne/Hiver 2026-2027, Alexandre Mattiussi répond par un geste presque involontaire ou presque trop parfait pour l’être : un look “rejoué” à l’identique, comme un souvenir qui remonte sans prévenir. AMI fête ses quinze ans en revenant à ce qu’elle sait faire : observer la rue, la traduire en vestiaire, et accepter que la fidélité ressemble parfois à une boucle.

Pour la Paris Fashion Week, Automne/Hiver 2026-2027, Le show s’installe dans un espace à rebours du fantasme parisien : une boutique désaffectée sur les Champs-Élysées, décrite comme un volume brut, presque industriel : un ancien grand magasin devenu coquille, murs blanchis, briques apparentes, neutralité assumée. Le choix n’a rien d’une austérité morale : il sert à faire remonter le vêtement sans filtre, à mettre AMI face à sa promesse première, celle de “la vie quotidienne sur une rue parisienne”. Dans ce vide organisé, la marque ne peut pas se cacher derrière le spectaculaire ; elle doit prouver que son cœur bat encore dans les proportions, les superpositions, les petits désordres contrôlés.

Vogue Runway raconte la scène avec une franchise presque comique : look 13, “busted”, quasi identique à un look de janvier 2011 (manteau camel, marinière navy, jean blanc) et Alexandre Mattiussi qui admet l’évidence, parlant d’un “inconscient” qui aurait refait surface. Qu’on y voie une distraction ou une mise en abyme, le détail importe moins que ce qu’il révèle : AMI fonctionne comme une langue avec peu de mots, mais une syntaxe très sûre. Refaire un premier look quinze ans plus tard, ce n’est pas seulement se citer ; c’est risquer de montrer que l’identité est devenue une routine ou, à l’inverse, revendiquer que la répétition peut produire du sens, comme un refrain qui change parce que le corps qui le porte n’est plus le même.

La Parisienne (et ses doubles) : preppy, jogging, écouteurs filaires

Vogue France choisit un mythe : la Parisienne, non pas comme carte postale, mais comme attitude révisée par le confort, l’instinct, l’art de “s’habiller sans suivre les règles”. La collection assemble les classiques preppy (manteaux longs, blazer, chemises à rayures) mais les traite comme des pièces qu’on attrape au dernier moment : cravate à peine nouée, pull et chemise portés avec jogging et sneakers, et ce détail délicieusement daté, presque intime, du retour des écouteurs filaires.

Numéro pousse plus loin l’inventaire du quotidien : porte-briquet doré en pendentif, casquette “thank you for being a friend”, cravates nouées à la va-vite sur hoodies épais : autant de signes qui ressemblent à des accidents, mais qui fabriquent une silhouette d’aujourd’hui, cette élégance un peu pressée où le chic se construit dans la désinvolture. Même le casting, tel que rapporté, ressemble à un roman d’angles morts : du “schoolboy” BCBG aux figures plus athlétiques, la presse parle de personnages — tomboys, art students, jocks — comme si AMI cherchait moins un idéal qu’une population.

Le risque AMI : être trop prêt à porter pour être désiré

C’est ici que la réception devient intéressante, parce qu’elle se fissure. The Impression lit le show comme un cas d’école : “curated commerciality”, vêtements impeccablement vendables, “retail-ready”, mais peu de nouveauté de fond et surtout ce soupçon qui plane sur certaines marques “cool” devenues institutionnelles : à force de lisser, on produit de l’homogénéisation. AMI, dans cette lecture, maîtrise parfaitement l’art de faire “de très beaux vêtements” sans provoquer grand-chose, comme si le calendrier exigeait un show là où la collection, elle, pourrait presque se passer d’attente. Et pourtant, c’est peut-être là que Mattiussi vise juste : dans une Fashion Week saturée de récits totalisants, AMI propose une mode qui n’ordonne pas : elle accompagne. Sa radicalité est discrète : affirmer que le désir peut naître d’un manteau bien posé sur l’épaule, d’une cravate mal nouée, d’un accessoire un peu idiot, et de cette vérité banale que l’on s’habille souvent comme on improvise sa journée.

AMI Automne/Hiver 2026-2027 laisse donc une sensation ambiguë, presque irritante : le plaisir d’un vestiaire juste, immédiatement habitable, et l’inquiétude d’une formule qui, à force de bien fonctionner, pourrait finir par tourner à vide. Mais peut-être que le défilé dit autre chose, plus secret : qu’à quinze ans, une marque n’a plus le luxe de se réinventer à chaque saison ; elle doit apprendre à se relire et accepter que, parfois, le futur arrive sous la forme d’un déjà-vu.


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