On connaissait les featurings “pour faire plaisir à l’algorithme”. Voici le featuring pour faire plaisir… à l’adolescent intérieur. Début janvier 2026, Yungblud ressort “Zombie” — déjà troisième single de son album IDOLS — dans une nouvelle version enregistrée avec The Smashing Pumpkins. Même chanson, mais peau plus épaisse : guitares plus lourdes, urgence plus nette, et la voix de Billy Corgan qui vient ajouter une ombre familière au tableau.
Le fait tient en une scène assez rock pour être vraie : Yungblud (Dominic Harrison) et Corgan se croisent à Birmingham, à Villa Park, lors du concert d’adieux de Black Sabbath/Ozzy à l’été 2025. Une poignée de main, quelques regards de fans — et l’idée d’un pont entre générations. Dans le récit officiel, Yungblud rappelle ce que Siamese Dream a représenté pour lui, et parle de Corgan comme d’un “mentor” ; puis il envoie un email “un peu fou” pour demander au groupe de réimaginer le morceau.
Ce qui amuse (et intrigue) ici, c’est moins l’opération “rock royalty” que la manière dont elle s’assume. Corgan ne vient pas jouer les parrains à distance : il revendique l’apport d’une “zig-zag voice” sur un titre que Yungblud dit inspiré par l’ADN Pumpkins, et pousse même l’idée d’une version “la plus personnelle possible”. Dans Guitar World, le leader des Pumpkins résume sa motivation avec une formule presque pédagogique : être visionnaire, c’est bien ; réussir à “pull off the vision”, c’est autre chose — et, selon lui, Yungblud “n’a pas peur”.
Et qu’en pense la presse rock ?
Côté réception, la presse rock insiste sur la densité gagnée au change. Rock Sound décrit un “mur de bruit” et une gravité multipliée par le timbre de Corgan, comme si “Zombie” gagnait encore en intemporalité à force de se laisser hanter par ses influences. Radio X souligne aussi l’événement symbolique : c’est présenté comme la première fois que les Smashing Pumpkins figurent sur l’enregistrement d’un autre artiste — détail qui, à lui seul, dit quelque chose du moment Yungblud dans la hiérarchie du rock contemporain.
Reste le paradoxe, au fond : “Zombie” parle d’intime, de disparition, de douleur qui s’installe — et se retrouve porté par une alliance quasi mythologique, comme si la vulnérabilité avait désormais besoin d’amplis vintage pour être prise au sérieux. Mais peut-être est-ce ça, la réussite : une chanson qui se laisse traverser par ses idoles sans se dissoudre. Et quand Corgan répond “let’s go there”, ce n’est pas seulement une punchline : c’est un passage de relais — avec distorsion.
Yungblud (Dominic Richard Harrison)
Chanteur britannique né en 1997 à Doncaster, il mêle punk-pop, rock alternatif et confession brute. Figure hyperactive et clivante, il a construit une fanbase massive via une esthétique de rébellion émotionnelle, jusqu’à imposer IDOLS et ses grands gestes rock — dont “Zombie”, devenu un de ses titres les plus commentés.
The Smashing Pumpkins
Groupe alternatif américain fondé à Chicago en 1988 autour de Billy Corgan, auteur d’albums-cathédrales comme Siamese Dream ou leur indispensable chef d’oeuvre, Mellon Collie and the Infinite Sadness qui a fêté ses 30 ans en 2025 et d’une grammaire où se télescopent rage, mélodie et vertige. Toujours actif (avec Corgan, James Iha et Jimmy Chamberlin), le groupe reste une référence tutélaire des années 90 — précisément le fantôme que Yungblud rêvait d’inviter sur “Zombie”.
YUNGLUB / Smashing Pumkins : Zombie (Locomotion recording – Capitol records) – Sortie le 2 janvier 2026







