Sorti le 5 janvier 1980, Back in Blac d’AC/DC n’est pas un simple retour après une tragédie : c’est une déclaration de survie, un disque tendu entre le silence du deuil et la fureur de vivre. Une œuvre noire, droite, sans pathos, qui transforme la perte en énergie brute. Dans Cocktail Backroom, cet album appelle une création tout aussi radicale : un cocktail sec, puissant, sans compromis, pensé comme un hommage debout.
Le 5 janvier 1980, Back in Black surgit comme un éclair dans un ciel encore chargé de deuil. Ce n’est pas seulement un album de rock. C’est un acte de survie. Un disque noir comme une minute de silence, mais traversé par une énergie brute, presque insolente, qui refuse la fin. Back in Black n’est pas une renaissance douce : c’est un retour debout, amplis à fond, regard droit devant.
À l’époque, AC/DC vient de perdre Bon Scott. La voix, le visage, l’âme insolente du groupe s’est éteinte quelques mois plus tôt. Beaucoup imaginent la fin. Le groupe, lui, choisit la continuité — mais sans nostalgie. L’arrivée de Brian Johnson n’est pas un remplacement, c’est une décharge électrique. Sa voix râpeuse, presque hystérique, épouse parfaitement cette musique taillée pour la route, la sueur et les nuits sans fin. Le son est sec, massif, débarrassé de tout superflu. Chaque riff d’Angus Young est un coup de massue précis, chaque silence pèse autant que le bruit. Back in Black est un album de tension permanente, un équilibre parfait entre retenue et explosion.
C’est cette austérité puissante, presque monolithique, qui appelle le cocktail. Ici, pas de fioritures. Pas de sucre facile. Il fallait une boisson noire, droite, charnelle, qui frappe sans prévenir mais laisse une chaleur durable. L’album évoque le cuir, la fumée, le métal chauffé à blanc. Il impose une construction simple, mais implacable. Le cocktail s’impose alors comme un rituel : peu d’ingrédients, mais chacun avec un rôle précis, comme un riff bien placé.
High Voltage, le cocktail en noir
Le cocktail s’appelle High Voltage. Dans un verre old fashioned préalablement rafraîchi, on verse 5 cl de bourbon, solide et boisé, qui pose immédiatement la structure, droite et sans concession. Il est rejoint par 2 cl de liqueur de café noir, profonde et légèrement amère, qui apporte l’obscurité, la densité, cette noirceur élégante qui évoque autant le deuil que la couverture de l’album. 2 traits de bitter au cacao viennent ensuite resserrer l’ensemble, accentuer la sécheresse, ajouter cette tension presque minérale qui rappelle un riff d’Angus Young frappé sans détour.
On ajoute un gros glaçon clair, massif, puis on remue lentement, longuement, sans bruit. Le geste est calme, maîtrisé, presque cérémonial. Le liquide s’assombrit, devient dense, uniforme, comme une nuit sans reflets. Un zeste d’orange est alors exprimé au-dessus du verre, juste pour libérer une étincelle aromatique, une lumière fugace, avant d’être écarté. Rien ne doit adoucir inutilement l’ensemble. Le cocktail est servi nu, sans paille, sans décor superflu. Noir, tendu, frontal. Comme Back in Black lui-même.
La dégustation se fait lumière basse, volume élevé. Hells Bells peut ouvrir la cérémonie, cloche funèbre et déclaration d’intention. La première gorgée est frontale : alcool franc, amertume maîtrisée, aucune distraction. Puis, lentement, la chaleur s’installe, persistante, enveloppante. Comme l’album, le cocktail ne cherche pas à séduire immédiatement. Il impose son rythme. Il se grave. On le boit lentement, en laissant chaque note — sonore ou liquide — résonner plus longtemps que prévu. Back in Black ne s’écoute pas, il se tient droit face à vous. Ce cocktail non plus.







